« Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. […] J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. »

 

AVIS

Désespérant de l’amour et de la chasteté, je m’avisai enfin qu’il restait la débauche qui remplace très bien l’amour, fait taire les rires, ramène le silence, et, surtout, confère l’immortalité.

 
 

C’est mon premier livre d’Albert Camus et j’ai été agréablement surprise par ce récit et par le style face à mes apriori. Je m’attendais à quelque chose de trop intellectuel ou barbant (je n’ai pas forcément eu de bons échos sur La Peste ou L’Étranger), et ce que je peux dire, c’est que j’ai vraiment accroché avec l’écriture de Camus !

La Chute est le monologue d’un homme effréné, livrant à son interlocuteur silencieux (pour le lecteur) ses états d’âme et sa culpabilité, pour ne pas avoir secouru une jeune fille sautant d’un pont, qui va marquer un tournant de sa vie. Jean Baptiste est un homme égocentriste, narcissique et condescendant vivant une vie bourgeoise paisible dans la capitale française en tant que juge-pénitant. Mais depuis cette chute et cette non-assistance, Jean Baptiste tombe au plus bas.

Il va alors quitter son emploi et dire au revoir à sa vie riche pour se placer au même niveau que les malfrats qu’ils jugeait afin de pouvoir se juger lui-même. Il va alors s’exiler en Hollande et commencer une vie de débauche dans des endroits louches où il essayera d’expier ses fautes. Jean Baptiste va prendre conscience de lui-même, de ses pêchés et va se donner le droit de juger les autres et principalement le milieu dont il était issu, la bourgeoisie. Ce livre délivre une lutte pour se faire absoudre, mais aussi apporte à de nombreux questionnements, notamment existentiels. Il critique la vanité de l’homme et sa proportion à utiliser les siens pour son seul besoin.

L’évolution frappante du personnage est très intéressante à suivre, passant de la lumière à la dépravation. Il nous pique de ses analyses sur l’être humain et la société occidentale dans laquelle il vit. Le ton glaçant apporte au lecteur encore davantage de tension et de trouble et c’est grâce à cela que Camus réussit son œuvre. Je suis contente d’avoir découvert cette œuvre et le style très parlant de l’auteur, je pense avoir bien fait de commencer avec La Chute.

 

J’ai compris alors, à force de fouiller dans ma mémoire, que la modestie m’aidait à briller, l’humilité à vaincre et la vertu à opprimer. Je faisais la guerre par des moyens pacifiques et j’obtenais enfin, par les moyens du désintéressement, tout ce que je convoitais.

CONCLUSION

Un livre qui pose au lecteur des interrogations existentielles face au parcours régressant du narrateur qui recherche par lui et par les autres la rédemption.
16/20

 

DU MÊME AUTEUR

  • L’Étranger (1942) 17/20
  • Le Mythe de Sisyphe (1942)
  • La Peste (1947)
  • L’Homme révolté (1951)
  • L’Été (1954) 14/20
  • La Mort heureuse (1971)

 

2 commentaires sur « La Chute, Albert Camus »

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