La pièce Antigone commence au moment où les deux filles d’OEdipe, Antigone et Ismène, apprennent que Créon, roi de Thèbes, vient d’interdire l’enterrement de Polynice, leur frère, pour le punir d’avoir combattu contre sa patrie. Mais Antigone transgresse ce décret. Créon et Antigone incarnent deux idées de la communauté, deux conceptions de la loi, deux versions du sacré. Au cœur du conflit tragique, la vérité humaine et politique de la communauté est liée au sens que les vivants donnent à la mort. Apparue autour du VIIe siècle avant J.-C., la figure d’Antigone a traversé les siècles et les langues jusqu’à nos jours.

HÉMON – Tu ne m’accuseras jamais d’être dompté par de
honteuses pensées.
CRÉON – Cependant toutes tes paroles sont pour elle.
HÉMON – Pour toi, pour moi, et pour les dieux souterrains.

Après avoir bien apprécié la version d’Antigone de Jean Anouilh, j’ai souhaité découvrir la pièce originelle qui en a fait tout le succès. Cette fois-ci, on se plonge dans une tragédie écrite pendant l’Antiquité. Néanmoins, malgré la différence d’époque, j’ai préféré l’originale à la copie.

Cette pièce fait partie d’un cycle, avec Oedipe roi et Oedipe à Colone, qui décrit le malheur que va subir Oedipe et ses descendants. Dans cette pièce, les deux fils d’Oedipe, Polynice et Étéocle, combattent afin de devenir roi de Thèbes. Cependant, ils se tuent tous les deux et alors qu’Étéocle a droit aux rites funéraires, Créon, leur oncle et nouveau roi de Thèbes, interdit toute forme d’enterrement pour le premier. Antigone va alors braver cette interdiction et va donc en payer le prix fort.

Je dirais que j’ai davantage apprécié cette pièce à celle d’Anouilh car j’ai eu l’impression que les autres personnages avaient plus de place dans l’histoire. Dans Antigone de 1944, je me rappelle l’accent que met l’auteur sur le dialogue entre Créon et Antigone. Ici, on ressent tout à fait toutes les répercussions liées aux actions de ce nouveau roi qui vont provoquer la mort de sa famille. La présence de la réflexion théologique est aussi plus présente. Les lois humaines sont confrontées aux lois ancestrales et universelles des dieux.

Cette dualité à laquelle est confrontée Créon est très intéressante, comme les autres thématiques installées par d’autres personnages comme Hémon ou Tirésias. On ressent parfaitement toute la tragédie de la pièce, avec l’acharnement d’Antigone qui va l’amener à sa perte, tout comme Créon qui, après avoir été représenté comme un roi inflexible, révèle toute sa douleur et son abattement face aux multiples deuils auxquels il doit faire face.

Ainsi, illustre et louée, tu vas dans les retraites des morts, non consumée par les flétrissures des maladies, non livrée comme un butin de guerre ; mais, seule entre les mortels, libre et vivante, tu descends chez Hadès.

Une pièce antique intéressante à découvrir et, de mon point de vue, plus enrichissante que celle de Jean Anouilh, réadaptée dans un monde moderne.

Du même auteur

  • Ajax
  • Les Trachiniennes
  • Œdipe roi
  • Électre
  • Philoctète
  • Œdipe à Colone
  • Les Limiers

16 commentaires sur « Antigone, Sophocle »

  1. OK, encore une pièce qui rejoint ma wish-list ! J'avais beaucoup aimé Oedipe Roi (ainsi que sa réécriture par Cocteau), alors j'ai bien envie de découvrir sa « suite » avec Antigone. La réécriture par Anouilh me tente beaucoup également. 🙂

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  2. J'ai fini Oedipe roi récemment, ce serait intéressant de lire cette pièce là. L'histoire m'a toujours attirée et je n'ai pas encore eu l'occasion de lire la réécriture d'Anouilh, donc tant qu'à faire… ^^

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  3. Je viens de lire Œdipe roi que j'ai adoré. Par contre, je ne savais pas que Cocteau en avait fait une réécriture, merci de l'info 🙂
    Que ce soit la pièce originale ou la réécriture de Jean Anouilh, les deux pièces sont bonnes et à découvrir.

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  4. C'est vrai que la réécriture de Jean Anouilh peut paraître plus accessible par rapport au langage et l'époque dans laquelle la pièce s'inscrit. Mais les thèmes dans la pièce de Sophocle m'ont plus intéressé et touché.

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  5. Je pense que ça doit être intéressant de lire les trois pièces de Sophocle parlant de cette famille : Antigone, Œdipe roi et Œdipe à Colone. Maintenant il ne me manque plus que la dernière que je vais bientôt lire. Je pense que si tu as apprécié Œdipe roi, tu devrais apprécié Antigone 🙂

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  6. C'est sûr que si tu n'apprécies pas trop les pièces de théâtre, je ne te recommande pas des pièces antiques qui peuvent paraître moins abordables que celles de maintenant mais qui restent des classiques car très bonnes et intéressantes.

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  7. Pour ma part, j'avais préféré la version d'Anouilh. J'avais trouvé qu'on s'identifiait beaucoup mieux au personnage d'Antigone et qu'on ressentait plus ses émotions. Bon, faut aussi dire que j'avais vu la pièce jouée et que je n'accroche pas spécialement à la lecture de théâtre…

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  8. C'est vrai que dans la pièce d'Anouilh, Antigone est davantage mise en avant physiquement alors que pour celle-ci, toute la fin est sans elle. Et si tu l'as vu en vrai, je peux comprendre que tu as pu totalement t'immerger. J'aimerais bien la voir également au théâtre 🙂

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