Au début, il est sans doute un peu dérangeant cet amour entre ce vieil écrivain et ce très jeune homme. Mais très vite on se rend compte qu’il restera sur un plan purement platonique. Alors s’installe une véritable fascination pour chacun des mots qu’ils échangent, au cours de profondes et longues conversations, puis au fil de lettres admirables, lorsque Marcel doit quitter la ville. Car l’écrivain en question, c’est Proust bien sûr, même s’il n’est jamais nommé. Exactement au moment où naît cette passion, le jeune héros connaît l’amour, charnel celui-là, avec son beau soldat de voisin. En lieu et place des mots de la passion platonique, s’échangent ici les gestes, caresses, regards, silences de l’Amour… puis les mots aussi, lorsque le soldat regagne le front.

 

AVIS

 

La semaine de tous les bouleversements. Celle de ma rencontre avec Marcel P. et avec Arthur V., de ma confrontation avec un esprit et avec un corps, d’un rendez-vous inattendu avec la vie facile et avec la mort possible.

 

Choisi tout à fait par hasard, ce livre m’aura permis de rencontrer trois personnages passionnants à suivre mais également un auteur français que je ne connaissais pas et que je compte bien continuer à découvrir. Dès le début de ma lecture, j’ai été frappée par cette histoire, mais plus que ça, par la beauté, parfois simple, parfois poétique, des mots choisis afin de raconter au mieux cette histoire d’amour passionnée. Premier livre de l’auteur qui sera publié dès 2001, Philippe Besson parvient déjà à se démarquer en abordant des sujets violents tels que la guerre ou l’attente inéluctable de la mort, délivrés de manière douce et soignée. J’ai été irrémédiablement touchée par cet adolescent qui connaît sa première expérience amoureuse et sexuelle avec toute cette insouciance malgré l’époque violente de la première Guerre Mondiale dans laquelle il vit.

Vincent a seize ans. Il a la chance de posséder la beauté de l’âge et d’être trop jeune pour être enrôlé dans l’armée. Mais c’est par l’intermédiaire d’Arthur qu’il va découvrir les affres de la guerre, ses malheurs et tristesses. Arthur est le fils de la servante de la famille de l’adolescent et depuis ces deux ans au front, une image a réussi à le faire tenir : celle de Vincent. A son retour au pays pour une permission d’une semaine, les deux jeunes hommes vont s’abandonner complètement l’un à l’autre en tentant d’oublier l’échéance à venir. Mais si le récit nous présente une histoire d’amour, il narre également une rencontre peu commune entre Vincent et Marcel P., grand écrivain de quarante-cinq ans. Une complicité pas forcément innocente va immédiatement naître entre les deux personnages, ce qui ne sera pas au goût de la foule les environnant. Ce livre est alors une découverte de la passion, de l’amour, mais également la découverte d’un mentor, d’un ami exclusif et de bons conseils.

 

Prends-moi dans tes bras, pour qu’il y ait le soleil, la chaleur, la douceur, toutes ces choses que nous avons oubliées, que nous avons perdues. Prends-moi dans tes bras, sans réfléchir, corps contre corps, bouche contre bouche, donne-moi ta chair laiteuse à embrasser, à caresser.

 

Le récit est découpé en trois parties distinctes et commence par un développement de l’adolescent s’adressant directement aux deux autres personnages. Il relate alors sa rencontre marquante avec ces deux individus et l’évolution de leur relation, avec d’un côté son amant secret, et d’un autre son ami proche. J’ai été au départ assez désarçonnée par la narration. Le personnage principal interpelle un public précis et le fait de manière éclairée et parfois désinvolte, propre à son caractère et à son âge. Mais Vincent paraît déjà comprendre davantage de choses que la majorité des jeunes de son âge, ce qui est un attrait supplémentaire pour Arthur et Marcel. Malgré mon ressenti d’abord mitigé de Vincent dû à son caractère indifférent et quelque peu fier, j’ai été entièrement transportée par cette histoire d’amour. Les deux jeunes hommes ne peuvent se rencontrer que la nuit, et profitent alors de chacune d’elle pour partir chaque fois à travers la découverte de leurs corps emmêlés mais également de leur états d’âme. L’auteur parvient à rendre cette relation douce et sensible tout en y insufflant des images visuellement fortes telles que celles renvoyant à la guerre. C’est bien cette singularité dans l’écriture qui m’a immédiatement séduite, tout comme ces personnages, qui par leur histoire commune, en deviennent fortement attachants.

La deuxième partie présente les échanges épistolaires qu’entretiennent Vincent avec Arthur lors de son retour à la guerre mais aussi avec Marcel, parti quelques temps dans une ville qu’il chéri. C’est alors l’instant propice pour en découvrir plus sur ces deux relations grâce à des lettres touchantes et où chacun s’offre davantage à l’autre, plus spécialement Vincent, pour qui il est plus simple de le faire par courrier. C’est également le moment où la réalité de la guerre revient prendre vie chez les deux jeunes hommes, guerre qui les sépare mais qui n’atténue pas leurs sentiments. La solitude accable Vincent, et on se rend irrémédiablement compte que ces deux hommes, pour des raisons différentes, sont essentielles dans sa vie. Arthur pour l’aimer et croire en lui, Marcel pour le soutenir et le conseiller.

Je ne parlerai pas de la troisième partie. J’espère vous avoir donné envie de la découvrir par vous-même afin de ressentir aussi intensément les émotions de ces trois hommes dans un livre où, contrairement à ce qu’on peut penser au vu du titre, il n’est question que d’eux et où la gente féminine ne prend pas particulièrement part.

 

Voilà mon terrible et grand et pauvre et merveilleux secret. Voilà ce qui me rend joyeux et triste. La joie d’un bonheur inattendu, sans complexe. La tristesse d’une séparation injuste, douloureuse.

CONCLUSION

Un bijou entre douceur et passion, l’histoire d’amour entre les deux jeunes hommes m’aura transporté, telle que l’amitié entre Vincent et Marcel qui m’aura charmé grâce à l’écriture particulière et propre à l’auteur.
20/20 ♥

 

DU MÊME AUTEUR

  • Son frère (2001)
  • L’Arrière-saison (2002)
  • Un garçon d’Italie (2003)
  • Les Jours fragiles (2004)
  • Un instant d’abandon (2005)
  • L’Enfant d’octobre (2006)
  • Se résoudre aux adieux (2007)
  • Un homme accidentel (2008)
  • La Trahison de Thomas Spencer (2009) 18/20
  • Retour parmi les hommes (2011) 15/20
  • Une bonne raison de se tuer (2012)
  • De là, on voit la mer (2013)
  • La Maison Atlantique (2014) 14/20
  • Un tango en bord de mer (2014)
  • Vivre vite (2015) 18/20
  • Les Passants de Lisbonne (2016)
  • Arrête avec tes mensonges (2017)
  • Un personnage de roman (2017)
  • Un certain Paul Darrigrand (2019)
  • Dîner à Montréal (2019)

12 commentaires sur « En l’absence des hommes, Philippe Besson »

  1. Ce livre a l'air génial. *.* Je ne sais pas quoi dire, à part que tu me donnes très envie de découvrir cette histoire, qui a l'air magnifique. Je le mets direct dans ma wish-list. Merci pour la découverte !

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  2. Je en connaissais pas du tout, mais tu m'as définitivement tentée ! L'histoire, comme la plume de l'auteur, a l'air magnifique (je ne trouve pas d'autres mots). Merci pour cette découverte !

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  3. Moi non plus, je ne connaissais absolument pas. Je l'ai reçu un peu par hasard, et je ne suis absolument pas déçue. L'écriture de l'auteur, tout en restant simple, se montre poétique et à beaucoup de moments magnifique.

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  4. J'espère qu'il te plaira tout autant. Je ne m'attendais pas du tout à ça. J'ai aimé surtout parce que dès le début j'ai accroché avec le style d'écriture, ce qui m'a fait aimé les personnages et toute l'ambiance autour.

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  5. Je suis contente que ma chronique donne envie de le découvrir. Il est vraiment spécial et émouvant. J'ai failli passer à côté, et je suis très contente d'avoir pu le lire. Il sera, je pense, un de mes gros coups de coeur de l'année.

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  6. Ça a été mon cas. Mon seul regret, c'est qu'il est assez court, je l'ai donc lu très rapidement. J'aurais aimé suivre encore davantage ces personnages, mais à part ça je ne peux pas en dire quelque chose de négatif, il est magnifique *-*

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  7. Ce n'est pas mon style non plus de prédilection, et c’est peut-être pour ça que ça m'a autant plu. Je n'ai pas vraiment d'autres livres avec qui le comparer, et il a été très rafraichissant après les thrillers et lires fantasy que j'ai lu juste avant ^^

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