Note : 4.5 sur 5.

Paul Bruder et Thomas Spencer sont nés le même jour, un hasard qui les rend vite inséparables. Sur les rives du Mississipi, ces deux Américains vivent une jeunesse insouciante, à l’abri de l’agitation du monde. Jusqu’à ce que l’effervescence des années 1960 les rattrape en la personne de Claire MacMullen, une jeune femme libre et belle. Donc dangereuse. Dans une période troublée, la part obscure des individus se révèle. Et peut même les conduire à commettre l’irréparable.

Je ne serais pas fichu de disserter sur le hasard et la nécessité. Je sais juste que le hasard nous a jetés l’un contre l’autre et que la nécessité nous a gardés collés l’un contre l’autre, voilà.

Après mon coup de cœur pour En l’absence des hommes, je comptais rapidement lire la suite. Mais j’ai eu la bonne surprise de me procurer, grâce à une offre en librairie, La Trahison de Thomas Spencer. Je me suis alors laissée emporter dans l’inconnu, ayant l’espoir d’être tout autant touchée par le style de Philippe Besson qu’au cours de ma première expérience. Et si ce livre-ci n’a pas été irréprochable à mes yeux, il a malgré tout réussi à m’immerger dans le passé de ces deux jeunes hommes du XXème siècle au États-Unis.

Thomas et Paul ont toujours été inséparables. Alors que l’un est sensible, réservé et contemplatif, l’autre est plus sociable, même s’il lui est difficile de révéler sa pensée ou ses sentiments, travailleur et combatif. Les deux jeunes hommes vont parfaitement se compléter et faire naître un lien inébranlable entre eux… ou presque. Ils sont comme deux frères, vont grandir et découvrir leurs premières expériences ensemble sans jamais se détacher très longtemps. L’auteur parvient rapidement à créer cette intimité entre Thomas et Paul qui revivent par la plume de ce premier leurs souvenirs. Il réussit également à inspirer au public de l’empathie pour les personnages, pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils représentent à deux. Comme dans En l’absence des hommes, le narrateur écrit son histoire afin de relater sa relation avec une des personnes les plus importantes de sa vie. Il écrit pour que ce lien reste à jamais, qu’on ne puisse l’oublier, et peut-être aussi pour montrer qu’avant cette trahison finale, il n’y avait eu aucune méfiance, offense, secret. On ressent aussi rapidement l’ambiguïté latente de cette relation amicale. Car oui, l’auteur décrit cette connexion avec une certaine sensualité par le regard ou encore par la vision du corps de l’homme, de sa beauté.

Si je considère le dégoût que m’inspire le temps présent et cette sorte de désenchantement dans lequel je suis plongé, le passé m’apparaît, par contraste, une époque bénie.

Claire, troisième protagoniste dont on comprend dès le début l’utilité, celle de créer une rupture future entre les deux garçons, n’est pas aussi mise en avant que je ne l’aurais pensé au vu du résumé. Je m’attendais à une description plus étendue de sa personne et de la dangerosité dont elle est attribuée dans la quatrième de couverture. Mais finalement, je l’ai trouvé particulièrement effacée, trouvant qu’elle n’avait pas une réelle légitimité entre ces deux garçons. Et malgré l’écriture poétique et envoûtante de l’auteur, l’histoire se révèle rapidement classique et prévisible. On comprend dès le début le rôle que chacun de ces trois personnages va jouer, sans aucune surprise ou forte révélation. On s’attend irrémédiablement à cette fin et/ou espère pendant un instant un coup de théâtre qui ne voit malheureusement jamais le jour. L’auteur s’attelle alors à donner de la légitimité à cette relation entre Thomas et Paul afin sûrement de produire, soit pas un choc, mais une blessure pour le lecteur en empathie avec ces deux jeunes hommes. Le tout est loin d’être mauvais, juste un peu décevant sur la fin.

Et alors que je me sentais proche de Thomas, je n’ai pas toujours réussi à me représenter Paul en tant qu’homme mais plutôt comme une image de lui, un simple souvenir. Ce qui ressort de cette lecture est réellement le lien entre ces deux personnages et non pas leur personnalité individuelle, qui sans être associée n’est pas forcément intéressante à découvrir. Que Paul ne soit pas avare en paroles ne m’a évidemment pas aidé à toujours lui donner toute sa splendeur, le ressentant souvent comme effacé, n’ayant pas la chance d’avoir son point de vue. Mais leur passé et les souvenirs sur des moments de leurs vies, qu’ils soient joyeux ou non, sont très intéressants à découvrir, particulièrement grâce au cadre dans lequel ils évoluent. Dès l’enfance, ces natifs du sud des États-Unis de la fin du XXème siècle vont devoir réagir et prendre parfois part à des thèmes majeurs et dramatiques de leur société comme le racisme contre les noirs qui fait encore rage, la guerre, la politique de leur pays,etc…

Il fallait quelqu’un pour écrabouiller nos vies, pour les réduire à néant. Ç’a été elle. Ou alors ç’a été moi.

Un livre qui m’a beaucoup touchée par la relation fusionnel entre Thomas et Paul grâce à leur passé commun et à l’écriture de Philippe Besson qui m’a une nouvelle fois envoûtée. Par contre, je regrette la trop grande prévisibilité de la fin.

Du même auteur

  • En l’absence des hommes (2001)
  • Son frère (2001)
  • L’Arrière-saison (2002)
  • Un garçon d’Italie (2003)
  • Les Jours fragiles (2004)
  • Un instant d’abandon (2005)
  • L’Enfant d’octobre (2006)
  • Se résoudre aux adieux (2007)
  • Un homme accidentel (2008)
  • Retour parmi les hommes (2011)
  • Une bonne raison de se tuer (2012)
  • De là, on voit la mer (2013)
  • La Maison Atlantique (2014)
  • Un tango en bord de mer (2014)
  • Vivre vite (2015)
  • Les Passants de Lisbonne (2016)
  • Arrête avec tes mensonges (2017)
  • Un personnage de roman (2017)
  • Un certain Paul Darrigrand (2019)
  • Dîner à Montréal (2019)

10 commentaires sur « La Trahison de Thomas Spencer, Philippe Besson »

  1. Ah oui, mais si je dois t'en recommander un, c’est évidemment En l'absence des hommes ! L'histoire est plus prenante et les liens entre les personnages sont plus intéressants à découvrir, même si j'ai aimé celui entre Thomas et Paul.

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  2. Je ne l'ai découvert que le mois dernier alors qu'il a déjà sorti quelques livres, et pour le moment, j'adore son style ! Une écriture moderne tout en étant très poétique dans le XXème siècle français ou étranger, c'est vraiment bien écrit.

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