Note : 3.5 sur 5.

En 1923, après des années d’errance, Vincent retrouve à Paris la compagnie des hommes. Dans cette ambiance « années folles », difficile de reconnaître la ville de son enfance. Sa rencontre avec Raymond Radiguet, dandy génial et noctambule extravagant, donne à sa vie une tournure inattendue. Mais le malheur guette l’enfant du siècle et ne tarde pas frapper de nouveau.

Je sais que la paix est là, désormais, que depuis ce 11 novembre de 1918, nous en avons fini avec la guerre, avec la mort par millions, l’extermination vertigineuse, que les fusils et les canons se sont tus, […] Oui, la paix est là, mais si vulnérable, si hésitante, si modeste.

Vous ne m’entendrez jamais assez dire qu’En l’absence des hommes est un bijou. Déchirant, certes, mais profondément émouvant et séduisant. Philippe Besson crée avec une prose poétique des liens entre des personnages, des hommes, Marcel P., immense écrivain, et Arthur forcé de devenir adulte par cette Première Guerre Mondiale qui fait rage, et un narrateur qui n’est pas encore entièrement un homme, Vincent ; naïf, innocent, imperturbable, rieur, voilà comment nous était dépeint ce jeune homme qui par ces deux nouvelles rencontres va connaitre un profond bouleversement. Mais quel est-il depuis ces six années passées, depuis la mort au front de son premier et bref amour, depuis sa fuite de sa terre natale ? Je dois dire que j’ai eu du mal à y croire. En ouvrant Retour parmi les hommes, je pensais pouvoir en quelque sorte me replonger dans la beauté, dans la magie des instants racontés au sein de En l’absence des hommes.

Seulement, dès le début, j’ai été confrontée à un étranger. Vincent n’est plus Vincent. Avec la perte d’Arthur, il semble avoir perdu également son âme, tout ce qui le rendait agréable, surprenant, joyeux. Il n’est plus qu’une ombre qui continue d’avancer parce qu’il le doit mais pas parce qu’il souhaite un après, une porte de secours. Il ne veut et il ne peut oublier ce soldat de vingt-un ans qui lui a fait découvrir l’amour, le désir et les plaisirs charnels. Alors pour une deuxième fois, il se crée un public, pour Arthur, un peu pour Marcel, et évidemment pour lui-même. Il raconte alors ses aventures, les pays qu’il a découvert, son acharnement à ne pas retourner en France de peur que les blessures encore vives ne s’ouvrent à nouveau.

Cependant, lorsque sa mère le mande de revenir chez lui, il obéit. Il fait face à sa colère muette, à ses yeux dénonciateurs, et aux souvenirs du passé. L’écriture de Philippe Besson est toujours aussi agréable à lire mais j’ai néanmoins mis beaucoup de temps à lire ce livre. J’étais déçue ; j’attendais que Vincent se réveille, se secoue, qu’il essaye d’avancer sans pour autant se fermer à toute chose positive et relationnelle. Comme il le dit, « je réclame des renaissances », mais moi aussi je les réclamais ! Nous sommes face à un jeune homme de vingt-deux ans désabusé, triste et dépressif, ce qui m’a rapidement lassée. Ce « retour » ne semble que physique et étouffe la nostalgie que l’on pourrait avoir face aux instants passés et aux personnages présents dans le premier livre. Même sa rencontre avec Raymond Radiguet m’a laissé de marbre. Pour moi, le choix de l’auteur pour son personnage principal est décisif. Malheureusement, je ne l’ai pas du tout apprécié. Je n’ai rien retrouvé du Vincent auquel je m’étais attachée aux côtés d’Arthur. Il n’a été pour moi qu’une copie fade et rapidement inintéressante.

Vous ne pouvez pas ne pas l’avoir compris : je suis déçue. Mais alors, qu’est-ce que je retiens de ce roman ? Et bien tout d’abord, le voyage initiatique de Vincent, sans attaches et sans réel but, qui lui fait découvrir peu à peu le monde au delà des frontières françaises entre l’Europe, la Méditerranée, l’Amérique, etc… Le style et l’écriture de l’auteur sont également à souligner, l’alliage entre les mots toujours aussi inspirant et voire même enchanteur. Je suis encore et toujours autant admirative de la plume de Philippe Besson, et ce roman ne fait pas faiblir mon envie de découvrir plus largement sa bibliographie. Mais pour Retour parmi les hommes, je reste donc mitigée, déçue par rapport à mon attachement à un de ses précédents livres, mais confiante pour ce qui est des ouvrages suivants et ceux que je n’ai pas encore découverts.

Les morts me rendent à la vie.

Un tout petit peu déçue par le changement radical de Vincent après certaines disparitions au sein de ses proches. Mais l’écriture de l’auteur est toujours aussi agréable à lire, et l’intrigue est néanmoins intéressante lorsque j’ai réussi de temps en temps à mettre de côté ma contrariété.

Du même auteur

  • En l’absence des hommes (2001)
  • Son frère (2001)
  • L’Arrière-saison (2002)
  • Un garçon d’Italie (2003)
  • Les Jours fragiles (2004)
  • Un instant d’abandon (2005)
  • L’Enfant d’octobre (2006)
  • Se résoudre aux adieux (2007)
  • Un homme accidentel (2008)
  • La Trahison de Thomas Spencer (2009)
  • Une bonne raison de se tuer (2012)
  • De là, on voit la mer (2013)
  • La Maison Atlantique (2014)
  • Un tango en bord de mer (2014)
  • Vivre vite (2015)
  • Les Passants de Lisbonne (2016)
  • Arrête avec tes mensonges (2017)
  • Un personnage de roman (2017)
  • Un certain Paul Darrigrand (2019)
  • Dîner à Montréal (2019)

8 commentaires sur « Retour parmi les hommes, Philippe Besson »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s