Note : 4.5 sur 5.

 Après que d’impitoyables guerriers ont brûlé son village, Bohem s’enfuit, traînant dans son sillage un cortège d’ennemis qui le pourchassent sans relâche. Qu’a-t-il fait pour s’attirer les foudres de la milice du Christ, des soldat du roi Livain VII et de ce personnage mystérieux qui se fait appeler le Sauvage ? Cela a-t-il un rapport avec les brumes, ces créatures merveilleuses que les louvetiers condamnent au bûcher, et avec lesquels il partage une étrange complicité ? Qui, ou plutôt qu’est-il, au juste ? S’il doit trouver en lui-même les réponses à ces questions, Bohem, aidé par les Compagnons du Devoir, une confrérie d’artisans au nombreuses ramifications, n’arpente pas seul les routes de Gallica, une France de légendes qui jamais ne fut…

Le sang qui coule dans mes veines est la sève de la forêt. La sève des Brumes. Je vous ressens au fond de moi. Je suis comme vous. Chassé par les hommes, fuyant, toujours, et prêt à mourir pour défendre la liberté. La vôtre. La nôtre. Alors, entendez-moi.

Auteur de romans fantasy et ésotériques, je ne connaissais pour le moment Henri Loevenbruck uniquement pour sa saga policière coécrite avec Fabrice Mazza. Attendant désespérément la suite de Serum, je suis tombée complètement par hasard sur ce premier tome de la trilogie Gallica qui suit celle de la Moïra. Et étant déjà consciente de la popularité de cet écrivain français, connu particulièrement pour son cycle Ari Mackenzie, je ne peux une nouvelle fois qu’être témoin de son talent. Avec Gallica, Henri Loevenbruck revisite légendes et histoires celtes et gaéliques dans cette construction d’une France moyenn-âgeuse très proche de la nôtre. Gallica abrite en ses terres les humains mais également les créatures surnaturelles que vous avez pu découvrir dans les légendes arthuriennes, le Bestuaire de Philippe de Thaon, ou d’autres histoires inscrites dans le merveilleux.

L’histoire débute lors de la nuit de la Saint Jean en 1150 dans le comté de Tolsanne au sud de Gallica. Ce comté étant le lieu privilégié des hérétiques est néanmoins fortement dirigé par les codes et les savoirs de la religion chrétienne tel que dans le royaume entier. La Nuit de la Saint Jean permet alors de constater par l’église et par le peuple leur puissance face aux dernières Brumes encore en vie. Les louvetiers chassent ces créatures surnaturelles tout au long de l’année pour les faire disparaître définitivement. Et lors de cette nuit particulière, une des Brumes est envoyée au bûcher au centre du village. Mais cette nuit fera naître une légende qui amenera à de terribles conséquences. Alors que le loup est lancé dans les flammes, Bohem, le fils du louvetier du village, décide de sauver la bête du brasier. Un sacrilège que personne n’ose arrêter surtout lorsque les témoins de la scène se rendent compte que, malgré les flammes autour de lui, Bohem ne semble en tirer aucun mal physique.

Quatre ans plus tard, Bohem décide de quitter son village et prend de plus en plus conscience du lien qui le lie aux Brumes depuis cette nuit mémorable. Malheureusement, il n’est pas le seul à s’interroger sur cette faculté. Bientôt, le voilà pourchassé par des Aïshans, de véritables guerriers venus d’un autre continent, pour le capturer. Bohem n’a alors d’autre choix que de fuir face à ces combattants en longeant la forêt. C’est alors qu’il fera la connaissance de Compagnons du Devoir qui ne cesseront au fil de son périple d’être de solides alliés. Que veulent les Aïshans de lui ? Pour qui travaillent-ils donc ? Le jeune louvetier n’arrive pas à comprendre son importance au fur et à mesure de cette chasse à l’homme. Et Bohem n’aura pas le temps de souffler qu’il se rendra compte que ses poursuivants deviennent de plus en plus nombreux et sont de différents camps. Aux Aïshans se rajoutent rapidement les soldats du roi, la Milice de l’ordre envoyée par le pape, et des druides oubliés venus de Gaelia. Mais quelle importance peut bien avoir ce garçon ? Le problème est que la moitié de ses assaillants ne le savent pas réellement eux-mêmes.

Guidés par les rumeurs et légendes tout autour de Gallica, il leur en faudra parfois peu pour allécher leur appétit et leur envie de pouvoir. Car en dehors du périple dangereux de ce jeune garçon, il est bien question de la recherche du pouvoir au sein du royaume. Depuis quelques années, le règne de Livain VII est fragilisé. Après de multiples défaites politiques et militaires, il ne sait comment remonter la pente. Surtout depuis que le roi de Brittia a choisi pour épouse Hélène de Quienne, celle que Livain a répudié. Cet ennemi possède alors une grande partie de Gallica, ce qui n’est pas aisé pour asseoir son pouvoir. L’abbé de Cerly, Pieter, qui fantasme d’être le nouveau grand conseiller du roi, lui propose alors de se marier avec Camille de Chastel, un royaume aux frontières sud. Seulement, l’abbé n’aurait jamais pensé trouver en cette jeune femme de dix-huit ans une rivale.

Car malgré son jeune âge, Camille fait déjà preuve d’une envie et d’une énergie particulières à vouloir régner. Elle n’en finit donc pas de conseiller Livain jusqu’à lui apprendre l’existence de Bohem. Une guerre semble alors bientôt se profiler mais que pourraient récolter les différents camps de glorieux ? Il est intéressant de découvrir d’un côté la fuite de ce jeune garçon qui ne comprend pas son importance et d’un autre tous les stratagèmes politiques qui sont bien au-dessus de lui et dont il n’a même pas conscience. Je dois avouer que ce sont les moments auprès de Livain VII ou même ceux avec Hélène de Quienne qui m’ont le plus captivé lors de ce premier tome. Il est passionnant de découvrir d’où surgissent les désirs de conquête, d’assouvissement ou tout simplement de renouveau. La rivalité entre les anciens époux est palpable et j’avais une très grande envie d’être le témoin de retrouvailles explosives. 

La poésie n’est pas qu’apparence, tu sais, elle est aussi raison, sens… Elle doit dire de profondes choses, dire ce que l’on croit et que l’on veut partager. Si tu ne fais des poèmes que pour la beauté des rimes, cela ne sert à rien de le dire. Tu es une femme, Vivienne, et si tu veux être troubadour dans un pays où les femmes n’ont aucun droit, tu devras trouver un sens à ce que tu veux dire. Tu devras toucher les gens.

À côté de cela, l’auteur s’emploie à créer tout un univers relevant du merveilleux propre à la littérature du Moyen-Âge. Entre créatures surnaturelles, druides, chevalerie, bataille entre la religion chrétienne et le paganisme, rumeurs sur l’existence d’un autre monde magique, avancée des sciences et de l’éducation avec les écoles et universités qui effacent les croyances antérieures, Bohem traverse une terre riche de légendes très bien exploitée. Gallica est véritablement une France moyenâgeuse où tout se qui se passait dans le quotidien de l’époque et dans les contes de notre monde sont relâchés en une même réalité. C’est pour cela que je suis encore davantage envieuse de découvrir la suite de cette histoire tellement l’univers peut être approfondi à volonté. Amatrice de récits de Moyen-Age, je me suis  réellement amusée comme une folle avec ce premier tome, appréciant notamment son intrigue politique, les protagonistes reprenant également les traits de certains personnages historiques connus. Il n’est pas difficile de voir en Hélène de Quienne une Aliénor d’Aquitaine proche des arts et des troubadours, ou en Livain VII un Louis VII peu envieux au départ à gouverner.

Et tout comme par exemple les récits de Marion Zimmer Bradley (Les Dames du lac, Les Brumes d’Avalon, …), l’auteur offre une place de choix à ses personnages féminins. Dans un univers totalement patriarcal, fait par et pour les hommes, toutes les femmes présentes dans l’intrigue arrivent remarquablement à sortir leur épingle du jeu étant la plupart du temps maîtresses de leur destin. Hélène, Camille et Vivienne font preuve d’un sens critique assez mal venu à l’époque de leur part (même si pour Hélène, ceci devient entres autres un atout pour sa cour), d’un aplomb et d’une intelligence qui vont les aider à se démarquer et à se diriger vers ce qu’elles désirent le plus. Elles sont véritablement un objet d’admiration pour beaucoup pour leurs différences, pour leur simplicité et pour le courage dont elles font preuve afin d’asseoir leurs volontés. Hélène est notamment une femme avec des valeurs qui les prône à gorge déployée même face à ceux qui ne veulent pas l’entendre, même face au roi de Gallica. Elle se bat pour la gent féminine, pour son élévation mais aussi pour l’amour, le plaisir, la poésie, l’art,etc… Dans ce monde d’homme, ces trois femmes entreprennent une bataille constante contre les lois en vigueur, les préjugés, les traditions. Si vous appréciez les récits fantasy, ou plus particulièrement ceux se déroulant lors du Moyen-Âge, je ne peux que vous conseiller le premier tome de Gallica qui tient ses promesses. Après un début qui met un peu de temps à se mettre en place, vous êtes embarqués dans un voyage fantastique ou le réel et l’imaginaire ne font qu’un.

ce qui est beau ne doit pas disparaître. Ce qui est beau doit grandir. Et parce que je veux croire qu’il y a dans ce monde une place pour chacun. Pour les filles qui veulent devenir troubadour, pour les femmes à la tête des royaumes, pour les Compagnons, pour les Brumes…

Après un début un peu lent, je me suis complètement immergée dans ce super récit d’aventure, jouant également sur les stratégies politiques du roi de Gallica et de son rival. L’auteur reprend très bien les codes littéraires de la France au Moyen-Âge avec une quête héroïque, le merveilleux, les créatures surnaturelles, le conflit entre la religion chrétienne et les anciennes croyances païennes.

De la même saga

  • La Voix des brumes tome 2 (2004)
  • Les Enfants de la veuve tome 3 (2005)

Du même auteur

  • Le Testament des siècles (2003)
  • Le Syndrome Copernic (2007)
  • L’Apothicaire (2011)
  • Nous rêvions juste de liberté (2015)
  • J’irai tuer pour vous (2018)
  • Le Loup des Cordeliers (2019)

Serum

Cycle Ari Mackenzie

  • Le Rasoir d’Ockham (2008)
  • Les Cathédrales du vide (2009)
  • Le Mystère Fulcanelli (2013)

La Moïra

  • La Louve et l’enfant tome 1 (2001)
  • La Guerre des loups tome 2 (2001)
  • La Nuit de la louve tome 3 (2002)

2 commentaires sur « Gallica – Le Louvetier tome 1, Henri Loevenbruck »

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