Note : 4.5 sur 5.

Micromégas est un récit de voyage: le héros quitte Sirius pour se former l’esprit et le cœur, se rend sur Saturne, puis sur la terre. Il voit ainsi avec des yeux neufs le monde où règnent « les préjugés ». C’est donc un itinéraire philosophique: le thème principal en est la relativité des connaissances humaines, réparti en courts chapitres, aventures et leçons. La cocasserie y règne partout. Le héros se promène à la manière de Gulliver dans un espace rassurant de planète en planète, pour découvrir qu’il est parfaitement à sa place dans « la grande chaîne des êtres ». L’odyssée de l’espace nous ramène à notre fauteuil, et au secret du livre de la destinée, dont toutes les pages sont blanches.
L’Ingénu, lui aussi construit comme un voyage, porte un regard ironique sur la société française. Cette fois, c’est une comédie sociale qui se joue, en tableaux rapides et caricaturaux, un des meilleurs contes de Voltaire.

notre existence est un point, notre durée un instant, notre globe un atome. À peine a-t-on commencé à s’instruire un peu que la mort arrive avant qu’on ait de l’expérience.

Après Candide, me voilà aujourd’hui avec deux autres contes du philosophe français, Micromégas et L’Ingénu. Ce dernier étant davantage connu, j’en attendais peut-être davantage et finalement, c’est celui que j’ai le moins apprécié des deux. En même temps, après ma lecture de Micromégas, la barre était peut-être un peu trop haute. J’ai complètement été passionnée par cette histoire ! Voltaire s’amuse à créer un récit en parallèle du nôtre avec des références de son époque actuelle pour apporter une sorte de réalisme et toujours une réflexion plus concernée et profonde sur notre monde.

Micromégas vit sur l’étoile Sirius. Philosophe très cultivé, il est un jour chassé de sa cour pour ses travaux incompris et maintenant censurés. Il décide alors de découvrir les autres planètes de l’univers pour apprendre toujours davantage de choses sur la vie et sur les différentes créatures qui les peuplent. Sur Saturne, Micromégas fera la rencontre du secrétaire de l’Académie qui va devenir son compagnon de voyage. Ensemble, ils vont visiter Jupiter, vont dédaigner Mars pour finalement arriver sur Terre en 1737.

Géants par rapport aux habitants de la Terre, le Sirien et le Saturnien pensent d’abord qu’aucune vie n’existe sur cette étrange planète informe et très variable. Cependant, après quelques recherches, un échange est alors possible entre les deux géants et un équipage de philosophes. Micromégas et son ami s’étonnent de la connaissance des lois de l’univers, de la gravitation et des mathématiques par des êtres aussi petits.

Mais l’étonnement, la surprise et l’admiration vont être quelque peu balayés lorsque Micromégas pose une question fondamentale auxquels chacun à une réponse différente : Qu’est-ce que l’âme ? Par ce conte, Voltaire déconstruit des théories philosophiques telles que celles de Pascal sur la supériorité de l’homme sur l’univers ou celle de Descartes sur les animaux-machines. Le philosophe s’emploie à remettre l’être humain à sa bonne place au sein de cet infiniment grand qu’est l’espace. Malgré ses connaissances, l’homme ne connaît pas encore tout de la nature, du monde, de lui-même et des autres êtres vivants sur Terre. Et peut-être ne le connaitra-t-il jamais.

Car dans ce conte, la question se pose : les êtres humains sont-ils trop petits et pensent-ils de manière trop étroite pour découvrir et assimiler la vérité absolue ou celle-ci n’est-elle qu’une illusion, qu’un fantasme ? Comme vous pouvez le lire ici, les thèmes sont divers et toujours bien exploités par Voltaire. Il n’est pas difficile de comprendre son positionnement sur chacun des sujets qu’il traite, sur la place de l’homme, des animaux, sur le fanatisme religieux, sur la métaphysique, etc… Un pur régal !

Pour L’Ingénu, j’ai eu un peu plus de mal même si ce récit commençait également très bien. Là encore, Voltaire choisit avec beaucoup de minutie la date pour son histoire, 1689, pour la lier le plus possible aux hostilités entre la France et l’Angleterre qui était vive à cette époque. Alors que le prieur de Notre Dame de la Montagne et sa soeur Mlle de Kerkabon se promènent dans la ville, ils vont faire la rencontre d’un huron, membre d’une peuplade indienne au Canada, débarqué en bateau dans leur ville qui va immédiatement être l’objet de tous les regards.

Les trois protagonistes découvrant rapidement et étonnamment leur lien de parenté, le huron est immédiatement invité à loger chez les Kerkabon afin de découvrir la culture française et de se l’approprier. Loin de cette éducation européenne, même s’il s’intéresse depuis son enfance à la France, celui qu’on appelle l’Ingénu a du mal à comprendre les nouvelles règles auxquelles il va devoir se cantonner. Il est perçu comme un homme qui sait les choses de la vie sans être instruit religieusement, ce qui laissent évidemment pantois tous ses nouveaux amis français. Vu comme un jeune homme naïf, il semble malgré tout moins crédule que ses camarades à propos de la réflexion et de la pensée religieuse.

Le fanatisme religieux contre lequel se bat Voltaire dans plusieurs de ses oeuvres est également bien présent dans ce conte. Par le personnage de l’Ingénu, Voltaire va consciemment dévoiler ce qui est pour lui de l’ordre de l’hypocrisie et du bien pensant. Car l’Ingénu est prêt à se baptiser et à suivre les enseignements du Premier Testament mais il s’étonne des libertés que prennent ses proches ou des modifications universelles faites aux livres.

La réflexion sur les interprétations d’une croyance, d’un savoir, est bien au centre de cette histoire. Vu comme le sauvage à instruire, l’Ingénu est celui qui va montrer le plus de bon sens, ne se formalisant pas de la bienséance de la société française et de son certain puritanisme. Comme pour Candide, j’ai trouvé parfois le rythme inégal et c’est ce sentiment de lenteur qui m’aura quelquefois lassée.

Mais comme pour Micromégas, ce conte propose de bonnes réflexions philosophiques, cette fois-ci plus tournées vers notre société française mettant en avant, comme tant d’autres sociétés, l’ethnocentrisme dont elle peut faire preuve. Il s’inscrit complètement dans l’histoire du pays, donnant encore plus de poids au texte par cette contextualisation géographique et historique. Je conseille alors à ceux qui sont intéressés par ce genre de lecture ou ceux qu’ils veulent s’y essayer ces deux contes très intéressants et stimulants.

Je n’ai point vu dans le livre que vous m’avez donné qu’il fût mal d’épouser les filles qui ont aidé les gens à être baptisés . Je m’aperçois tous les jours qu’on fait ici une infinité de choses qui ne sont point dans votre livre , et qu’on n’y fait rien de tout ce qu’il dit.

Deux contes extrêmement maîtrisés et inspirants, proposant des réflexions philosophiques poussées sur notre monde et sur la place de l’homme passionnantes à découvrir et auxquelles réfléchir.

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2 commentaires sur « Micromégas suivi de L’Ingénu, Voltaire »

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