Note : 4.5 sur 5.

Le Banquet est l’un des textes les plus célèbres de Platon, dont l’influence s’exercera durablement sur la réflexion occidentale. rédiger aux alentours de 380 av. J.-C., il met en scène plusieurs interlocuteurs. Sujet du débat : l’amour. Thèses et conceptions s’affrontent, jusqu’à finalement délimiter l’espace même à partir duquel la chose amoureuse sera désormais pensée. Une fois de plus, Platon se révèle aux sources de nos manières de voir et de concevoir le monde. Lire Le Banquet pour s’initier à ce qu’aimer veut dire.

pilote des hommes en perdition, compagnon d’armes des peureux, soutien de ceux qui peinent, sauveur de ceux qui parlent ; l’Amour, concert parfait des dieux et des hommes, guide très beau et très bon qu’il est de notre devoir à tous de suivre en chantant de belles hymnes, chacun sa voix dans ce chant continu dont il enchante nos pensées et les pensées des dieux.


Faisant partie de ceux qui ont bien apprécié la découverte de la philosophie au lycée, j’ai eu envie lors de mes années supérieures d’élargir encore ma culture sur les réflexions métaphysiques, existentielles,… Il m’a fallu attendre tout de même quatre ans pour finalement me lancer dans l’ouvrage célèbre de Platon, Le Banquet. Alors que le jeune Agathon a remporté le concours des grandes Dionysies (joutes oratoires et dramatiques lors de ces festivités religieuses dédiées au dieu Dionysos), il organise d’une réception où chacun leur tour, des philosophes vont faire l‘éloge de l’amour, du dieu Éros.

Un à un, ces huit érudits dont Phèdre, Aristophane ou Socrate vont discourir sur leur définition de l’amour, sur ses beautés, ses forces, sa vertu. Le dieu Éros va alors être décortiqué pour encore mieux le contempler, l’admirer face à toute cette beauté, cette jeunesse, ces atours. La plupart de ces philosophes s’accordent à lier l’amour à la vertu, à tout ce qu’elle a de plus pur et de plus véridique.

Sacrifice de l’amant face à l’être aimé applaudi des hommes et des dieux eux-mêmes, la force du cœur humain, la figure double d’Éros, entre amour céleste et amour vulgaire (qui rappelle les deux traditions d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la sexualité), sa place dans la mythologie : tout ce qu’il est possible de dire à propos du plus fort sentiment dont l’être humain peut faire preuve et qui recherche sans cesse est entièrement mis en lumière.

Dans Le Banquet, il n’est pas question de parler des vices dont l’homme peut être capable mais bien de ce qu’il peut créer de plus beau, ce beau auquel aspirent même les dieux grecs. D’abord désireuse de lire cet ouvrage pour découvrir en intégralité le mythe des androgynes expliqué par Aristophane, celui-ci créant par là une nouvelle cosmogonie époustouflante au sujet de la création des êtres humains, j’ai été plus d’une fois captivée par ces différents discours tout en poésie, lyrisme et beauté. A

Amour, de tous les dieux, est celui qui a la plus haute ancienneté, la plus grande dignité et le plus grand pouvoir d’accorder la vertu et le bonheur aux hommes, dans la vie comme dans la mort.

près ces divers éloges s’ensuit l’intervention de Socrate qui relate son dialogue avec Diotime, une prêtresse,  à propos de la nature de l’amour. Contrairement aux autres philosophes présents au Banquet, l’amour ne serait, selon elle, ni délicat ni beau, ni savant ni ignorant. Car si l’amour est liée au désir de posséder ce que l’on a pas, comment l’amour pourrait-il être beau et bon ? Par l’amour, l’homme et la femme ne seraient-ils pas éternellement en quête du Beau, du bon, de l’immortalité ?

Le Banquet se conclut par le discours d’Alcibiade qui cette fois-ci choisit de faire l’éloge de la figure de la philosophie, Socrate, celui-ci présent devant lui. Au fil de son argumentation, les similitudes entre Éros et Socrate se font de plus en plus grandes, exposant particulièrement la figure ambiguë du philosophe. Ni beau ni délicat, Socrate est pourtant enchanteur. Tel que l’amour qui est en éternelle quête de la vraie beauté, Socrate fait naître chez les jeunes l’aspiration à la beauté et au savoir.

Percer le mystère de l’amour et le mystère de Socrate semble aussi complexe pour l’un que pour l’autre. Platon réussit alors à ériger son récit au niveau le plus sage et inspirant de la philosophie grâce à l’image décortiquée de son mentor. Pour les adeptes de la philosophie ou pour ceux qui seraient envieux de s’y essayer, je ne peux que vous recommander de sauter le pas avec cet ouvrage étonnamment accessible dans la forme et dans le fond.

Sa distinction entre les deux amours me paraît, en effet, excellente ; mais la pratique de mon art, la médecine, m’a permis d’observer que cette distinction ne joue pas seulement pour les âmes des hommes et relativement aux beaux garçons, mais relativement à bien d’autres objets et en bien d’autres domaines, pour les corps de tous les animaux, pour tous ce qui croît sur terre et, en un mot, pour l’ensemble des êtres ; c’est dire que ce dieu est un grand, un admirable dieu, dont l’empire s’étend à l’ordre entier des choses, humaines et divines.

Un ouvrage sur l’amour, sur ce qu’il possède de plus beau, de plus vertueux, de plus ancestral. Les sentiments humains et et célestes se mêlent, offrant finalement des discours formidablement beaux, autant dans le fond que dans la forme.

3 commentaires sur « Le Banquet, Platon »

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