Note : 3.5 sur 5.

Situé dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté… L’hiver, l’hôtel est fermé. Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien. Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance : c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus. Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée ? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l’hôtel ?

Petit con prétentieux, pensa Jack Torrance. Ullman mesurait tout juste un mètre soixante et il avait les gestes brusques et secs des hommes petits et gros. La raie de ses cheveux était impeccable, son complet sombre strict mais rassurant.

Après plusieurs lectures du grand Stephen King, je commence à savoir ce qui m’attire particulièrement et ce qui m’intéresse moins dans ses histoires. Je suis une de ceux qui aiment lorsqu’il prend le temps de contextualiser son histoire par le biais de multiples descriptions sur ses personnages, leurs passés, leurs liens entre eux, sur ses décors parfois étranges, souvent effrayants, qui prennent une place fondamentale au sein du récit.

Oui, j’aime quand Stephen King prend son temps, comme dans SalemDôme où il retrace la vie d’une ville entière et de ses habitants. C’est alors avec surprise que je me suis rendue compte que je n’accrochais vraiment pas avec Shining. Comme après un choc, je laissais défiler les pages sans réellement comprendre ce qui me déplaisait, ce qui me lassait avant même d’avoir eu le temps de réellement commencer.

L’atmosphère étrange autour de la famille Torrance est bien construite et décrite, le lecteur ressentant dès le début l’annonce du danger, le passé de Jack s’imbriquant parfaitement à ce qui lui arrive par la suite, la peur de Danny qui devient peu à peu la nôtre à force d’accentuer sur l’étrangeté de la situation, sur la tension palpable qui naît. Et peut-être qu’à mon goût, King en a fait un peu trop cette fois-ci. Avant même que Jack, Wendy et Danny arrivent à l’Overlook, je peinais à avancer. Pourquoi Stephen King fait traîner les choses, au risque de se répéter et d’en remettre à chaque fois une couche jusqu’à l’overdose selon moi et d’autres lecteurs ?

Après son licenciement en tant que professeur, Jack a la chance de trouver un nouvel emploi bien particulier : pendant les six mois de fermeture, il devra avec sa femme et son fils de cinq ans, venir habiter dans un hôtel en haut des monts afin de le garder en bon état. Avec les intempéries et la neige, ils vont bientôt être bloqués et reclus dans l’hôtel sans véritablement de liens avec le monde extérieur. Ce sera alors l’occasion pour Jack de découvrir les événements passés au sein de l’Overlook que son employeur a volontairement passé sous silence.

Entre meurtres et changements suspects de propriétaires, l’hôtel a connu des jours sombres mais également les gros titres. Jack compte alors bien faire de l’Overlook le sujet de son premier roman. Et alors qu’il fait de plus en plus de découvertes, Danny s’aventure de son côté dans les différentes parties de l’établissement, tentant de dissocier rêve et réalité. Car Danny a un don. Très intelligent, ce garçon de cinq ans est capable de voir des choses que nul autre ne peut voir et d’entendre les pensées de ses parents, particulièrement lorsque sa maman est inquiète et que son papa souhaite Faire le Vilain.

La vie est dure, Danny. Le monde ne nous veut pas de mal, mais il ne nous veut pas de bien non plus. Il se fiche de ce qui nous arrive.

Car, quand Danny tente de comprendre le lien entre ses capacités et l’hôtel, son père doit quant à lui se débattre entre son devoir de père de famille et d’époux et son besoin irrésistible d’alcool. Déjà entachés par les fautes antérieures de Jack, les liens familiaux se dégradent au fil des jours au sein de l’hôtel. Danny s’interroge donc, est-ce qu’ils peuvent être en sécurité dans ce lieu isolé de tout ? Car qu’est-ce qui est le plus dangereux finalement, les éléments extérieurs ou nos démons antérieurs ?

Que les événements qu’ils se passent à l’Overlook soient réels ou non, ils influencent bel et bien le comportement de ces trois nouveaux habitants. Entre les voix, les bruits aux allures de fêtes, les mystères de la chambre 217 ou les animaux de buis dans le jardin, tout est propice à la folie et au danger. Alors que Wendy ne semble pas ressentir de lien particulier avec l’hôtel, elle perçoit très bien le malaise de son fils et les changements de comportement de son mari. Rien ne semble plus normal et malheureusement, seule une aide extérieure pourrait les aider.

La tension est constante et Stephen King réussit comme toujours à déployer ses cartes avec beaucoup de talent et d’ingéniosité. Mais si j’ai adoré les passages sur la descente aux enfers de Jack, j’ai été beaucoup moins intéressée par l’évolution des pouvoirs de Danny. Parce que dès le moment où l’on comprend que le don du garçon est véritable, tous les actes au sein de l’hôtel ne peuvent qu’être réels et rangés dans la catégorie du surnaturel.

Alors qu’avec Jack, on s’interroge. Ne devient-il pas tout simplement fou ? Habitué à être en proie à des accès de colère et à une forte dépendance à l’alcool, cet isolement prolongé dégrade totalement sa santé mentale. Ce personnage m’a particulièrement transporté, lui qui souhaite protéger sa famille mais qui ne pourra être finalement que le point de départ de toute cette folie.

Heureusement, Danny et Wendy sont doués d’incroyables ressources afin de tenter de survivre. Et s’il est parfois difficile d’arriver à imaginer un petit garçon avec une telle intelligence, ce qui peut, à certains moments, laisser le lecteur dubitatif, il est difficile de ne pas s’intéresser à toute cette histoire même si je suis loin de m’être impliquée émotionnellement. Totalement admirative de tout le travail autour de la psychologie de Jack et de sa descente vers la folie et la destruction, j’ai été plus d’une fois gênée par les retours en arrière et les répétitions que l’écrivain produit pour sûrement apporter davantage de poids à son récit mais qui, moi, m’a fatigué.

Stephen King aime nous faire perdre patience et jouer avec nos nerfs en s’attardant sur des détails et en étirant son histoire. Néanmoins, même si je n’ai pas été transportée par le rythme très lent du roman, j’ai réussi à être quelquefois sensible à l’atmosphère lourde et oppressante car j’ai tout de même eu envie d’aller jusqu’au bout de l’aventure. Loin d’avoir été une réussite pour moi, Shining comprend malgré tout des atouts remarquables et qu’on ne peut que savourer. N’ayant pas forcément apprécier tout l’intrigue autour de Danny, je ne pense pas me laisser tenter par Docteur Sleep dont il est le principal protagoniste.

Et pourtant, à travers toutes ces expériences, il n’avait pas eu le sentiment d’être un salaud. Au contraire, il se croyait un très brave type. Évidemment, ses accès de colère risquaient de lui attirer un jour de véritables ennuis, et il aurait intérêt à les maîtriser, ainsi que son faible pour l’alcool… Mais, avant d’être alcoolique, il avait été caractériel. Les deux infirmités devaient d’ailleurs se confondre quelque part dans les profondeurs de son être, là où il valait mieux ne pas mettre le nez.

Alors que j’ai aimé tout ce qui est en rapport avec la psychologie de Jack et son évolution au sein de l’hôtel, je n’ai pas forcément accroché au rôle fondamental de Danny dans toute cette histoire. De plus, le récit s’étire parfois inutilement avec un début mettant beaucoup trop de temps à se mettre en place et une suite dans la même lignée mais qui offre tout de même une atmosphère oppressante et toute en tension.

Du même auteur

Salem (1975)
Rage (1977)
Dead zone (1979)
Jessie (1992)
Rose Madder (1995)
Gwendy et la Boîte à boutons (2017)
Élévation (2018)

Ça
tome 1 (1986)
tome 2 (1986)

Dôme
tome 1 (2009)
tome 2 (2009)

La Tour sombre
Le Pistolero tome 1 (1982)

14 commentaires sur « Shining, Stephen King »

    1. Stephen King a un style particulier et en même temps, même si je reconnais sa plume à chacun de ses romans, il fait es choses assez différentes (dans le ton et la forme). Ce n’est pas celui que je te recommanderai pour commencer sa bibliographie car très lent à se mettre en place mais plus Marche ou crève ou Carrie qui sont un peu plus courts.

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  1. J’avais eu aussi quelques problèmes à la lecture à cause des répétitions et des longueurs inutiles (mais c’est quelque chose qui me dérange souvent chez King). Mais j’étais passé outre tant la tension m’avoir envoûtée. Le final aura finalement gaché le plaisir de lecture (encore une fois, comme souvent chez King)

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’ai pas réussi à passer outre cette fois-ci ce qui est assez rare avec Stephen King. Je comprends que la fin ait pu te décevoir, elle ne m’a pas particulièrement plu non plus comme dans par exemple Dôme (c’est le seul roman de King que j’ai lu dont je me rappelle avoir été déçue par la fin).

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  2. J’ai aussi trouvé des longueurs au début, alors que c’est mieux passé avec Salem.
    C’est vrai que le personnage de Jack est très intéressant, même si j’ai également aimé tout le côté surnaturel avec Danny. Les deux combinés fait que le lecteur ne se repose jamais dans ses questions et ses angoisses. Perso, je suis curieuse de lire Docteur Sleep 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu tellement de mal avec l’importance du Don de Danny, j’ai été vraiment davantage intéressée par la psychologie de Jack pour le coup. Je lirai sûrement Docteur Sleep un jour mais c’est loin d’être le roman de King que je souhaite découvrir pour le moment.

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