Note : 4 sur 5.

« Les adultes suivent les chemins. Les enfants explorent. »
De retour dans le village de sa jeunesse, un homme se remémore les évènements survenus l’année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée. L’obscurité qui monte. Et Lettie, la jeune voisine, qui soutient que la mare au bout du chemin est un océan…

Et ce n’était pas la mer. C’était l’océan. L’océan de Lettie Hempstock. Je me suis souvenu de ça et, me souvenant de ça, je me suis souvenu de tout.

Suite à ma découverte fructueuse d’American gods, je me suis dit qu’il serait bête d’attendre encore l’adaptation de l’un des livres de Neil Gaiman pour continuer sur ma lancée. Mais ne sachant absolument pas par quel roman continuer mon chemin, celui-ci s’est imposé à moi, étant un cadeau surprenant de l’un de mes proches. Espérant m’évader aussi facilement dans cette histoire que dans celle d’Ombre et des dieux, j’avais tout de même peur que l’auteur se précipite au vu du nombre de pages assez limité. Il m’aura fallu deux ans avant de me lancer dans ce conte fantastique mêlant le surnaturel, la mythologie et le passage de l’enfance à la vie adulte.

Revenu dans sa ville natale à l’occasion d’un enterrement, un quarantenaire décide de faire un saut au pied d’une ferme dans laquelle habitait sa voisine Lettie Hempstock, son étrange amie partie précipitamment en Australie loin de sa mère et de sa grand-mère. Le temps de reprendre ses marques et de contempler le lac derrière la ferme, que Lettie appelait l’océan, et ses souvenirs d’enfance ressurgissent. Malgré sa vie rangée et tout à fait banale, il se rappelle maintenant que le surnaturel a traversé sa vie lors de ses sept ans. Difficile de tout comprendre à cet âge mais l’enfant saisit bien plus de choses que les adultes veulent bien le croire. Plongé dans ses livres de mythologie égyptiennes, l’enfant s’attache rapidement à sa seule amie, la jeune Lettie de onze ans, qui semble beaucoup plus vieille que son âge. Avec Mme Hempstock et la vieille Hempstock, elles sont trois à vivre à la ferme et à protéger leur terre.

Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contentent de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois ; peut-être l’idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous les rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières.

Alors quand une créature manipulant le foyer de notre jeune narrateur survient, celui-ci compte bien demander de l’aide à sa nouvelle amie. Mais d’abord, il devra s’en sortir par lui-même dans cette maison qui ne semble plus qu’habitée par des fantômes, par des êtres étrangers bien différents de ses parents et de sa soeur. Malgré quelques moments de lenteur, il est facile de se laisser porter par la magie de ce conte dans lequel Neil Gaiman excelle à imposer une atmosphère sombre, électrique, où les monstres ne rampent pas seulement la nuit et qui sont prêts à tout pour garder leur ascendance.

J’ai apprécié remarquer quelques récurrences avec American gods. Comme Ombre avec Voyageur, notre jeune narrateur ne semble pas réellement étonné de ce qu’il se passe même s’il se pose des questions. Il est le témoin d’événements surnaturels qu’il prend le temps d’analyser non pas pour tout à fait les comprendre mais plutôt afin de  trouver une issue de secours pour lui et sa famille. Il se laisse consciemment porter tout en cherchant des solutions par ses propres moyens possédant un entêtement propre à l’enfance. L’Océan au bout du chemin réussit à nous renvoyer à nos propres craintes d’enfant, à une nostalgie de cette période où parfois la magie semble véritablement exister. Je suis sûre que ma bibliothèque va laisser place à d’autres romans de Neil Gaiman, il faut maintenant que je me décide sur lequel je vais poser mon dévolu !

Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l’intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu’ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu’ils ont toujours été. À ce qu’ils étaient lorsqu’ils avaient ton âge. La vérité, c’est que les adultes existent pas. Y en a pas un seul, dans tout le monde entier.

Un conte presque onirique sur le passage de l’enfance à l’âge adulte à travers une aventure fantastique et parfois effrayante. Neil Gaiman est un formidable conteur qui sait comment éveiller l’intérêt de son lecteur.

Du même auteur

  • Moi, Cthulhu (1987)
  • De bons présages (1990)
  • Neverwhere (1996)
  • Miroirs et fumée (1998)
  • Stardust (1999)
  • American gods (2001)
  • Coraline (2002)
  • Anansi boys (2005)
  • Des choses fragiles (2006)
  • Entremonde (2007)
  • L’Étrange Vie de Nobody Owens (2008)
  • Odd et les Géants de glace (2008)
  • La Vérité est une caverne dans les montagnes noires (2010)
  • The Silver Dream (2013)
  • Par bonheur, le lait (2013)
  • La Belle et le fuseau (2014)
  • Signal d’alerte (2015)
  • Eternity’s wheel (2015)
  • La Monarque de la vallée (2016)
  • Le Dogue noir (2016)
  • La Mythologie viking (2017)

3 commentaires sur « L’Océan au bout du chemin, Neil Gaiman »

    1. Et bien, je te conseille de suivre cette envie. Je l’ai découvert récemment avec American gods et j’en suis bien contente. Il peut paraître un peu lent mais j’ai vraiment adoré l’ambiance et les touches mythologiques. L’Océan ua bout du chemin possède la même atmosphère qui, je pense, est propre à l’auteur.

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  1. Après avoir lu Coraline, j’ai eu le plaisir de lire ce conte. Ce rapport à l’enfance, qu’a l’auteur, avec ce mélange de fantastique, de réalité, de magie, etc. me plaît beaucoup. Comme toi, je pense que ses romans vont peu à peu envahir ma biblio 😛

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