Note : 4 sur 5.

Comme le FLNC, Huma Benedetti est née en Corse en 1976, entourée des secrets de son histoire familiale, dans un climat de colère et de ressentiment muet. Mais tôt ou tard, les enfants devinent ce qu’on leur tait, et Huma aperçoit dans l’œil de ses ascendants le reflet du mystère soigneusement occulté.
Elle grandit dans une villa perchée sur un rocher, entourée d’une grand-mère acariâtre, d’une mère énigmatique et d’un père masquant sa sensibilité sous des kilos de muscles et de violence. Pour s’absoudre ou s’isoler, les parents confient leur fille en offrande à l’aïeule. Huma prend des leçons de piano, fait ses devoirs et partage même le lit d’une grand-mère qui la maltraite avec une âpreté curieusement vengeresse.
Au fil du roman, les histoires s’entrelacent, levant au fur et à mesure le voile sur le silence qui empoisonne trois générations. Que se passerait-il s’il était rompu ? La honte sur la famille ? Son implosion ? Pire encore ? De peur de révéler leur secret, ses gardiens assistent impuissants à la déliquescence de la famille et maintiennent entre eux une distance glaciale.
Cette distance, c’est aussi celle qui existe, géographique, irréductible, entre l’île et le continent reliés par le mystère d’une eau tour à tour brillante comme un miroir ou démontée comme une déesse vengeresse, une matière labile qui ne se laisse pas aisément appréhender. C’est aussi celle qu’entretiennent des tabous qui résistent au récit.

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains de Laure Limongi est le partenariat qui me faisait plus envie de ma liste lors de cette saison estivale, je remercie donc NetGalley et les éditions Grasset pour cette découverte de la rentrée littéraire. La Corse, ses paysages, sa mentalité, ses histoires de famille, ça me parle immédiatement y possédant moi-même des origines. J’ai alors pu, grâce au personnage principal qui redécouvre son île natale, y retrouver tout ce que j’aime à une période où je suis généralement là-bas au milieu du maquis corse.

Exilée depuis des années sur le continent, en France, Huma revient sur la terre de ses origines afin de faire face aux secrets et aux dissensions au sein de sa famille. Car avant de quitter la Corse, Huma y aura vécu des années d’incompréhension, de silence, de violences. Vivant avec ses parents et sa grand-mère qui semblent cacher une bonne dose de ressentiment, l’enfance d’Huma n’aura pas toujours été paisible. Alors, qu’est-ce qui peut bien la pousser à revenir des années plus tard alors qu’elle s’est peu à peu construite loin de ses proches ? Le besoin de vérité.

Car Huma le comprend bien, encore davantage lors de son retour, les secrets disséminent depuis longtemps un poison dans les relations au sein de sa famille jusqu’à ce que certains d’entre eux en étouffent. Quelles pourront être les conséquences si Huma décide de lever le voile ? Apporter l’opprobre sur sa famille, ou même pire ? A la recherche de ses racines, le point de vue d’Huma est très juste afin de mener le lecteur vers cette île où les mentalités et les a priori sont bien différents par rapport à la France. Avec cette immersion réussie dans ce décor qui sera pour certains dépaysant, nous pouvons d’autant plus facilement nous plonger dans la fresque familiale d’Huma qui nous ait offerte petit à petit.

Avec un style simple et fluide, Laure Limongi a réussi à totalement me convaincre lors de la première partie de son roman. La suite m’a davantage perdu sans que je réussisse à en savoir réellement la cause. L’histoire autour du FNLC m’a peu intéressé et les personnages mettent du temps avant de vraiment se dévoiler alors que j’attendais d’eux soit davantage de verbe soit qu’ils soient plus installés dans une tension dramatique, laquelle m’aurait aidé à attendre avec plus d’entrain le fin mot de l’histoire. Même si je n’ai pas été entièrement convaincue, ce nouveau roman a été une lecture agréable qui m’a souvent touchée personnellement par son atmosphère et ses décors qui me parlent. De même qu’il pourra vraiment intéresser ceux qui connaissent peu ou pas du tout l’île de beauté.

Une immersion réussie au sein de l’île de beauté au milieu de ses secrets de famille auxquels va faire face le personnage principal depuis longtemps exilé loin des siens. Mais certains protagonistes mettent du temps à se dévoiler ce qui a parfois fait diminuer mon intérêt global.

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2 commentaires sur « On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi »

  1. C’est le genre d’histoire qui pourrait me plaît, une immersion totale dans un cadre, des personnages torturés et de lourds secrets de famille… Généralement, c’est une recette qui fonctionne plutôt bien avec moi. Je te remercie pour cette chouette découverte, je ne connaissais pas du tout ce livre mais son titre interpelle et envoûte déjà, je trouve…

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