Note : 4 sur 5.

La consolation philosophique de Boèce est un des textes fondateurs de la civilisation occidentale et, pour le Moyen Âge, un modèle littéraire, poétique, philosophique, moral et spirituel dont on ne dira jamais assez l’importance. Conseiller du roi Theodoric, Boèce est arrêté en 524, torturé, et c’est dans la prison où il attend son exécution qu’il compose cette oeuvre d’une profondeur et d’une beauté stupéfiantes. Il n’est guère de question philosophique qu’il n’aborde, en se fondant sur son immense culture, nourrie de la pensée grecque, et à laquelle il n’apporte de réponse originale et vigoureuse. Quant à la trame littéraire de l’ouvrage, à sa composition, à ses figures, à ses images, elles n’ont cessé d’êtres limités dans les siècles ultérieurs et d’inspirer les poètes.

n’avez-vous aucun bien en propre et en vous-même au point de chercher vos biens dans des choses extérieures éloignées ? L’ordre des choses est-il à ce point renversé qu’un être animé, divin grâce à sa raison, s’imagine ne pas briller autrement que par la possession d’un mobilier inanimé ? Et alors que les autres êtres se contentent de ce qu’ils ont, vous, qui êtes par l’esprit en tout point semblables à Dieu, vous recherchez dans les choses les plus viles des ornements à votre nature supérieure et ne comprenez pas quelle injustice vous faites à votre créateur.

Confinée comme tout le monde pendant des semaines à tenter de s’occuper, je me suis dis qu’il serait pas mal de sortir des livres de ma pile à lire que je n’ose pas trop sortir en temps normal par leur grosseur ou leur thème – j’aurais bien voulu avoir le premier tome du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, Les Corrections de Jonathan Franzen et Les Fantômes du vieux pays de Nathan Hill avec moi mais je me suis mal préparée à ce confinement, la majorité de ma PAL m’est pour le moment inaccessible. Bref, c’était donc l’occasion de découvrir ce livre de Boèce que j’aurais déjà dû lire pour un cours – mieux vaut tard que jamais.

Accusé par le roi Théodoric le Grand – qui régna de 493 à 526 – de trahison, Boèce attend en prison sa future exécution. Pleurant et clamant son innocence, il écrit des vers en compagnie de quatre Muses. Une femme fait alors son apparition dans la cellule de Boèce, divinité personnifiant la Philosophie, venue pour aider ce malheureux qui lui a toujours été fidèle. Elle commence alors son discours à propos du bonheur suprême, de la Fortune qui semble disparaître de la vie de Boèce, de l’amour de Dieu pour tous ces enfants, en expliquant à son disciple que les biens matériels dont ce dernier pleure l’absence n’étaient finalement pas ce qui le rendait heureux.

Car les êtres humains s’attachent davantage aux manières de parvenir à ce bonheur – grâce aux richesses, au pouvoir, à la respectabilité, aux plaisirs – qu’au bonheur lui-même que tous tendent à obtenir. Les hommes s’habillent de chaînes les entravant autour de biens qui ne peuvent les satisfaire seuls. Tout un discours autour du bien et du mal, des fonctions de Dieu du Terre et du bonheur suprême se met en place, Philosophie argumentant chacune de ses idées afin d’ouvrir encore davantage l’esprit de Boèce sur ses propres qualités et libertés, même en étant près de la mort. Car la vie n’est qu’un commencement et laisse place ensuite à une existence plus noble.

En effet, je pense que la fortune est plus utile aux hommes contraire que favorable, car sous l’apparence du bonheur, quand elle paraît enjôleuse, la fortune favorable est toujours mensongère, alors que la fortune contraire est toujours sincère quand elle se montre instable dans le changement. L’une trompe, l’autre instruit ; l’une lie l’âme de ceux qui en jouissent avec l’apparence des biens mensongers, l’autre la libère par la connaissance de la fragilité du bonheur ; ainsi, on peut voir l’une ondoyante, flottante et toujours ignorante d’elle-même, l’autre sobre, ramassée et prévoyante grâce à l’expérience de l’adversité même.

Étant l’une des dernières grandes œuvres de l’Antiquité, La Consolation de Philosophie a été l’une des plus influentes au Moyen-Âge, notamment pour son discours religieux interprété comme chrétien. Certains idées peuvent alors prêter à sourire pour quelqu’un de non croyant avec cette idée que le bien gagne toujours face au mal car finalement, ce dernier n’existe finalement pas aux yeux de Dieu, seul les hommes peuvent y prendre goût et connaître par la suite des conséquences. Cependant, ce texte majeur est argumenté avec soin, étant même parfois un peu trop répétitif dans ses idées afin daller réellement au bout des choses, inspirant et tourné vers la raison et la compréhension du monde et de l’homme, et non vers le jugement et l’expiation.

Philosophie démontre à Boèce la fortune que ce dernier possède toujours, même exilé et condamné, qui passe par les valeurs essentielles de la vie : la famille, les amis, la bonté, le don de soi. Particulièrement instructif et non pompeux, il est assez accessible, mon édition chez Le Livre de Poche ajoutant des notes en bas de page lorsque Boèce fait des références mythologiques et antiques. J’ai été vraiment agréablement surprise par ce texte riche, un peu de philosophie de temps ça autre, ça ne fait pas de mal !

Puisque le bien lui-même est le bonheur, il est clair que tous les bons, du fait même qu’ils sont bons, deviennent heureux. Mais on a convenu que ceux qui sont heureux sont des dieux. Telle est donc la récompense des bons qu’aucun jour n’affaiblit, que le pouvoir de personne n’amoindrit, que la méchanceté de personne ne ternit : devenir des dieux.

Un traité philosophique sur la bonté, la foi, la fortune, le bonheur qui a fortement influencé le Moyen-Âge et qui trouve encore un écho à notre époque par ses sujets intemporels et superbement énoncés malgré quelques redondances.

3 commentaires sur « La Consolation de Philosophie, Boèce »

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