Note : 4.5 sur 5.

Comme chaque matin, Amandine a quitté sa maison de verre pour les locaux de l’Institut Pasteur. Mais ce matin-là est particulier. Appelée pour des prélèvements à la réserve ornithologique du Marquenterre, la microbiologiste est déconcertée : trois cadavres de cygnes gisent sur une étendue d’eau.
En forêt de Meudon, un homme et son chien ont été abattus. Dans l’étang tout proche, un sac de toile contenant des ossements : quatre corps en kit. Et pendant ce temps, une grippe à la souche non identifiable vire à l’épidémie et fauche jusqu’aux plus robustes du quai des Orfèvres, mettant à l’épreuve Franck Sharko et Lucie Henebelle… 

Des études montraient que les postillons invisibles pouvaient être envoyés jusqu’à deux mètres lors d’un simple éternuement. La grippe n’avait pas de cerveau, mais la nature l’avait dotée d’un objectif : trouver sans cesse des hôtes, pour s’y reproduire.

Il m’en aura fallu du temps pour finalement sortir Pandemia de ma pile à lire et j’ai vraiment choisi le bon moment ! Faisant étrangement écho aux événements actuels – jusqu’à en faire froid dans le dos – le roman de Franck Thilliez est tout de même bien plus préoccupant que la réalité, heureusement. L’auteur français n’a plus à prouver quoi que ce soit dans son domaine de prédilection, le roman policier, dans lequel il inocule une bonne quantité de science afin de rendre ses livres encore plus inquiétants, frôlant de très près la réalité.

Que dire de Pandemia que je n’aurais pas dit des précédents romans tels que [GATACA], Atom[ka]ou bien encore [Angor] ? Toujours écrit d’une main de maître, ce livre paru en 2015 – déjà ! – ne fait nullement baisser la qualité de cette saga policière en compagnie du duo Franck Sharko/Lucie Hennebelle et des petits nouveaux Nicolas Bellanger et Camille Thibaut.

Si le reste de la « saga » peut sereinement se lire dans le désordre, je vous conseillerais vivement de lire [Angor], et même Atom[ka], avant de vous lancer dans celui-ci tellement les trois enquêtes se retrouvent considérablement reliées. Ici, les trois cercles sont d’autant plus discernables et l’Homme en noir n’a jamais autant été cité et proche des policiers bientôt en chasse. Mais avant cela, d’étranges faits et découvertes sont reconnus.

D’un côté, l’Institut Pasteur de la capitale est appelé pour faire des prélèvements sur des cygnes retrouvés morts dans une réserve naturelle lors de leur migration. Bientôt, les microbiologistes apprennent que la vague migratoire a été brutalement touchée par une nouvelle maladie et qu’elle pourrait bien toucher l’homme. Un nouveau virus ferait également des ravages au sein des hautes instances, police comme au portes du tribunal.

Et de l’autre, Sharko et ses collègues retrouvent au fond l’étang proche de leur nouvelle affaire pour meurtre des ossements récents de quatre individus dissimulés dans un sac de toile. Une nouvelle enquête épineuse s’ouvre alors que les effectifs de la police sont rapidement touchés par ce nouveau virus qui se cache au milieu de l’épidémie de grippe saisonnière. Maisil en faut bien plus pour faire perdre à Sharko son flair imparable et sa hargne dans son travail qui le pousse à aller toujours au bout des choses.

Dirigé par Nicolas Bellanger qui se retrouve personnellement exposé à la réprobation de l’Homme en noir suite à leur enquête résolue l’année précédente, il va avec ses autres collègues tenter d’avancer main dans la main avec les microbiologistes de l’Institut Pasteur au sein de cette affaire encore une fois bien complexe et qui laissera des traces indélébiles.

– J’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose de plus grave, ajouta-t-il enfin. Qu’est-ce qu’il va sortir des entrailles de la Terre, Camille ? Quelle monstruosité ?

Les deux flics masculins sont particulièrement mis en avant dans ce livre, laissant malheureusement peu de place à Lucie et à Camille, cette dernière étant encore toute nouvelle dans la bande. Cependant, une autre personnage féminin va gagner en importance tout au long de cette intrigue. Amandine, microbiologiste, voit sa vie personnelle basculer à mesure où cette nouvelle souche empoisonne le pays jusqu’à sortir rapidement de la capitale et complique la vie au sein de son foyer déjà bien délicate. Entre sa paranoïa grandissante et son envie de comprendre et d’aider, la scientifique perd de plus en plus pied jusqu’à reprendre sa vie en main et prendre a nouveau conscience des priorités dans sa vie et leurs conséquences.

En plein coronavirus, Pandemia est d’autant plus prenant, le lecteur pouvant davantage comprendre le besoin vital des gestes barrière, des actes afin d’empêcher au maximum la propagation de ce mal inconnu mais qui semble de prime abord peu agressif. Néanmoins, nul besoin d’être soi-même dans ce cas sanitaire pour apprécier au maximum cet énième opus de Franck Thilliez, lui qui excelle avec toujours autant de force dans ce qu’il fait le mieux, des romans abondants mêlant enquête complexe et science biologique, génétique ou plus générale. L’auteur ne perd absolument pas la main et si j’avais peur d’être un peu trop habituée à son style pour en apprécier toutes les subtilités ici, je me suis vite laissée embarquer avec la même facilité qu’avec les romans précédents.

La terreur grandissante face à cette ennemi invisible est palpable tout comme la noirceur de l’âme de ces individus de l’ombre agissant contre l’humanité afin de construire leur utopie anarchiste sur les ruines du monde actuel. Avec une acuité toujours aussi saisissante sur notre réalité, Franck Thilliez dépeint les plus vils desseins qui pourront ou non être contenus par ces policiers se sentant parfois impuissants face à ces vagues successives du crime qui ne semblent jamais se tarir mais toujours prêts à en découdre afin de protéger ceux qui en ont besoin. Il me tarde maintenant de découvrir Sharko, et au vu du titre, je ne pense pas attendre aussi longtemps pour retrouver ces personnages écorchés vifs mais toujours debout.

Sharko se rendit compte à quel point l’équilibre de la société était fragile. Elle reposait sur un lit de sable que la nature, celle qu’on avait trop tendance à oublier, pouvait ébranler à tout moment. Le jour où elle aurait décidé de reprendre ses droits, où elle en aurait assez de la négligence des hommes, elle lâcherait un grand fléau qui balaierait l’humanité aussi facilement qu’un claquement de doigts. La Terre continuerait à exister, mais sans nous. Et ça ne l’empêcherait pas de tourner.

Entre la propagation de virus et des meurtres qui cachent un lourd dessein, Franck Thilliez propose encore une fois un roman policier de grande qualité par ses personnages qui comptent bien aller jusqu’au bout de l’inimaginable, par son travail minutieux de documentation et par son intrigue passionnante qui nous offre peu de répit.

De la même saga

  • Train d’enfer pour Ange rouge (2004)

Coup de cœur pour cette rencontre angoissante et très noire avec Franck Sharko. C’est peut-être parce que c’était le premier et donc la découverte, mais j’ai adoré le fait que l’histoire soit centrée sur le personnage principal et que ça explique pour les livres suivants son comportement et ses failles.

Du même auteur

  • Conscience animale (2002)
  • La Forêt des ombres (2006)
  • L’Anneau de Moebius (2008)
  • Fractures (2009)
  • Vertige (2011)

Mon premier livre de l’auteur qui fait bien penser aux films Saw avec l’enfermement de trois personnages qui doivent tenter de survivre tout en soupçonnant les uns les autres. Pas mal de tensions mais je me rappelle avoir été peu convaincue par la fin.

  • Puzzle (2013)
  • Rêver (2016)
  • Le Manuscrit inachevé (2018)

13 commentaires sur « Pandemia, Franck Thilliez »

    1. Comme toi, j’ai laissé u peu de côté la saga pendant quelques mois pour découvrir d’autres auteurs français ou internationaux et je suis contente d’y revenir maintenant. J’espère qu’il te plaira tout autant que moi 🙂

      J'aime

  1. Bel article sur ce livre très actuel et merci pour le récap : j’ai lu toute la série Sharko-Hennebelle dans le désordre surtout pour les premiers… mais je trouve tant d’intérêts aux livres de F.Thilliez que je me suis promis de les relire un jour dans l’ordre de parution!

    Aimé par 1 personne

    1. La vie personnelle des personnages étant assez importante dans chaque livre, c’est vrai qu’il est plus plaisant de les lire dans l’ordre même si les premiers peuvent plus facilement se lire dans le désordre. Là, entre Angor et Pandemia, il y a vraiment un lien entre les deux affaires, ça serait dommage de se gâcher un peu du plaisir en ne les lisant l’un après l’autre dans l’ordre.
      Je pense tous les relire un jour moi aussi, le premier Train d’enfer pour Ange rouge me fait déjà de l’œil depuis quelques mois ^^

      Aimé par 1 personne

    1. Pour être d’actualité, il est d’actualité ! 😄 Oui, je trouve dommage que ce personnage disparaisse aussi vite, j’ai l’impression que tous les flics au 36 vont devoir perdre quelqu’un, c’est apparemment inévitable !

      Aimé par 1 personne

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