Note : 4.5 sur 5.

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Et je reconnus avec un effroi indicible que cet homme était empoisonné par sa passion, jusque dans la dernière goutte de son sang.

Il y a déjà presque dix ans, je découvrais avec curiosité la plume de Stefan Zweig avec La Confusion des sentiments sans savoir que j’allais être emportée par la douceur, la poésie, la passion que l’auteur retranscrit dans chacune de ses histoires. Après la lecture de près d’une dizaine de ses nouvelles, j’ai voulu me confronter à nouveau aux écrits qui m’a fait découvrir cette grande figure littéraire du vingtième siècle qui s’en est allé avec le désespoir de voir détruite cette Europe de diversité culturelle et idéologique dans laquelle il a baigné avant la montée du nazisme et la destruction de ce continent par cette guerre ravageuse.

Loin de ces considérations, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme dépeint plutôt tout le talent de l’écrivain autrichien pour décrire à la perfection la passion humaine en mettant en avant ses plus beaux atouts comme ses pires folies. Ici, il est question de la passion de deux femmes, d’abord celle de Mme Henriette, fuyant sa vie confortable pour un homme rencontré la veille, laissant derrière elle son mari désemparé et son enfant. Qu’est-ce qui a pu pousser cette femme morale à une telle folie ?

Dans cette pension de la Côte d’Azur dans laquelle Mr et Mme Henriette étaient logés, les hypothèses vont bon train et la majorité des locataires penche pour une idylle secrète qui serait naît depuis bien longtemps au su de tous. Seul le narrateur tente de trouver une excuse à l’acte insensé de cette épouse et mère se libérant de toutes ses obligations. Sans juger « cette créature immorale », il exprime les aléas du cœur et de la passion qui peuvent nous pousser à de telles folies sans savoir à l’avance si l’on va au devant de l’exaltation durable ou du bonheur éphémère et finalement décevant au vu de ce que l’on a abandonné.

Car pour savoir si la boule tombait sur le rouge ou sur le noir, roulait ou s’arrêtait, je n’avais pas besoin de regarder la roulette : chaque phase, perte ou gain, attente ou déception, s’imprimait en traits de feu dans les nerfs et dans les expressions de ce visage dominé par la passion.

Touchée par cette prise de parole, Mme C., une vieille dame anglaise, va trouver en ce jeune homme une oreille attentive qui lui permettra de se libérer de ce poids depuis trop longtemps porté. Le narrateur devient alors le témoin d’un épisode foudroyant de passion inattendue dans la vie de cette dame anglaise qui, à cette époque, se pensait déjà bien éteinte. Quelques heures en tant que spectatrice d’un spectacle hypnotisant à l’intérieur d’un casino dans le sud de la France aura suffi à la lier à un autre être humain aussi profondément qu’il est possible, et cela seulement pour vingt-quatre heures. Mais quelques heures passées dans cette fièvre de vives émotions peuvent paraitre durer des jours, des années !

L’exaltation de cette veuve pour un jeune homme emprisonné par sa passion du jeu est si éclatante, si brute. Stefan Zweig offre ici un concentré d’émotions portés par un réalisme saisissant. Le travail sur le mouvement des mains du joueur, sur les expressions du visage du condamné, est époustouflant et nous laisse aussi électrisés que cette femme au sein de ce récit dans lequel chaque émotion est absorbé en totalité. Cette force féminine prenant tout en main malgré ses quelques absences de raison est magnifiquement dépeinte.

Ici, ce que certains nommeraient la faiblesse du cœur féminin, du sexe faible, est sublimé, mis à nu afin de pouvoir encore davantage l’encenser. Ce voyage vers la folie ne connaîtra pas une fin heureuse, on le pressent dès le début par les réserves de cette femme honteuse de ses actes passés qui compte tout de même tout révéler à ce jeune homme silencieux et absorbé tel que nous dans cette histoire. Mais, ce n’est pas le bout du chemin qui est le plus important ou le plus intéressant mais bien ce qui se trouve au fil de ces allées inattendues où la raison n’a plus sa place.

Je déclarai que cette négation du fait incontestable qu’une femme, à maintes heures de sa vie, peut-être livrée à des puissances mystérieuses plus fortes que sa volonté et que son intelligence, dissimulait seulement la peur de notre propre instinct, la peur du démonisme de notre nature et que beaucoup de personnes semblaient prendre plaisir à se croire plus fortes, plus morales et plus pures que les gens « faciles à séduire ».

Un tableau qui dépeint admirablement toute la puissance de la passion humaine qui peut être tout aussi dévorante qu’éphémère. Avec sa justesse, son soucis du réalisme et sa poésie, Stefan Zweig nous plonge dans ce récit où les émotions les plus fortes sont maîtresses et où la raison disparait pour ces deux inconnus au milieu de toute cette exaltation du cœur et de l’âme.

Du même auteur

  • Rêves oubliés (1900)
  • Dans la neige (1901)
  • Une jeunesse gâchée (1901)
  • L‘Étoile au-dessus de la forêt (1903)
  • Les Prodiges de la vie (1904)
  • L’Amour d’Érika Ewald (1904)
  • Amok suivi de Lettre d’une inconnue (1922)
  • La Confusion des sentiments (1927)

Une très agréable découverte qui m’a fait découvrir cet auteur et sa plume magnifique.

  • Un mariage à Lyon
  • La Peur (1925) 16/20

Un beau recueil de nouvelles, toutes plus fantastiques les unes des autres. Stefan Zweig est un maître quand il s’agit de décrire les sentiments humains.

  • Le Voyage dans le passé (1929)
  • Le Chandelier enterré (1937)
  • La Pitié dangereuse (1939)
  • Le Joueur d’échecs (1943)
  • Le Monde d’hier (1944)
  • Un homme qu’on n’oublies pas (1948)
  • Wondrak
  • Ivresse de la métamorphose (1939)
  • La Vieille Dette (1951)
  • Clarissa (1981)
  • Un soupçon légitime (1987)

J’ai apprécié le style, mais j’ai eu du mal avec le thème.

2 commentaires sur « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig »

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