Note : 5 sur 5.

Un an après avoir lu la première partie des Démons, je me replonge avec passion dans les réflexions politiques et philosophiques que Fiodor Dostoïevski nous fait le plaisir de distiller au fil des pages de son grand roman. Avec beaucoup d’ironie, l’auteur russe exploite les événements politiques et sociaux de son époque pour mettre en garde contre les idées extrémistes dangereuses. Le socialisme et le nihilisme se battent contre le conservatisme orthodoxe bien installé. Mais les idées nouvelles réussiront-elles à bouleverser les codes de tout un pays ?

Quand l’homme tout entier aura atteint le bonheur, alors, le temps n’existera plus – parce que ce ne sera plus la peine.

La première partie des Démons, ou des Possédés, nous avait laissé sur l’entrée très remarquée de Nikolaï Vsévolodovitch et Piotr Stepanovitch, les deux personnages principaux de ce grand roman. Cette suite est donc très importante pour découvrir davantage ces deux personnages en suivant leurs propres interactions et discours. D’autant que l’on fait réellement face aux conséquences du retour de ces deux enfants du pays au sein de l’élite russe orthodoxe.

Précédemment, la lutte sociale et politique pouvait ne pas toujours se montrer explicite. Mais ici, dans cette deuxième partie, Fiodor Dostoïevski la place véritablement au centre des considérations des personnages. La longue introduction en compagnie de Stepan Trofimovitch, de Varvara Petrovna et de leurs voisins dans la première partie a préparé à merveille l’arrivée de ce duo énigmatique. Prêt à faire des étincelles, l’une des deux faces de cette pièce n’a pourtant aucune envie de faire partie de toute cette machination révolutionnaire.

Toujours au côté de l’élite russe qui garde en haute estime la littérature et la philosophie française, nous plongeons pleinement dans les réflexions socialistes et nihilistes de la génération d’après avec, au centre, le fils de Varvara Petrovna et celui de Stefan Trofimovitch. Il y a celui placé en pleine lumière et celui de l’ombre, cachant ses véritables intentions. D’abord, Nikolaï Vsévolodovitch Stavroguine, l’aristocrate rebelle, celui dont le nom est sur toutes les lèvres tant il passionne et effraie.

Emprisonné par ses démons antérieurs, il bouleverse par ses réactions violentes et brusques du passé qui dénotent face à son flegme et son calme habituels. Il fascine par son absence de remords, sa présence remarquable et son aura sombre et magnétique. Emporté malgré lui dans des plans révolutionnaires, il comprend qu’il est plus sûr pour lui de ne pas prendre parti face au bouleversement futur de son pays. Plus occupé à régler ses divers problèmes personnels, il garde tout de même du temps pour son ami/ennemi.

Si je volais quelque chose, j’éprouverais en commettant mon vol une ivresse à la conscience du gouffre qu’est mon infamie. Ce n’est pas l’infamie que j’aimais (en cela, ma raison est parfaitement intacte), c’est l’ivresse qui me plaisait, celle de la conscience torturante de ma bassesse.

Piotr Stepanovitch, celui qui peut passer pour un fanfaron et qui est finalement le cerveau de toute l’opération politique, accompagné d’un petit groupe d’hommes qui partage ses idéaux. Désirant élever Nikolaï Vsévolodovitch au rang de nouveau Messie dans cette révolution en marche, il croit véritablement en ses chances de réussite. À bas le conservatisme religieux ; installons un système économique qui placera chaque individu à la même échelle – hormis évidemment quelques élus plus avantagés par rapport au reste de la population assujettie.

Sans la surprise dans la première partie de cette ambiance particulière qui repose sur les apparences et sur les discours philosophiques et politiques, il est rapide de se replonger dans cette histoire avec cette deuxième partie passionnante qui entre davantage dans le vif du sujet. Roman social, politique et philosophique, Les Démons démontre parfaitement tout le talent de Fiodor Dostoïevski.

Avec toujours l’envie de plonger au plus profond de l’âme humaine et de ses bassesses, l’auteur n’a pas peur de choquer ou de bouleverser comme en témoigne notamment le chapitre sur Vsévolodovitch nommé « Chez Tikhone » rajouté en annexe après avoir été censuré jusqu’en 1922. Jouant de ses personnages, il apporte beaucoup d’ironie à leurs paroles et à leurs agissements, sentiment renforcé par la théâtralité des dialogues très vivants et portés sur le langage oral. Il ne manque plus maintenant que de conclure Les Démons avec sa troisième et dernière partie.

Mon idole, c’est vous ! Vous n’offensez personne, et tout le monde vous déteste ; vous avez l’air d’être l’égal de tous, et tout le monde a peur de vous, c’est bien. Personne ne viendra, vous, vous taper sur l’épaule. Vous êtes un aristocrate terrible. Un aristocrate, quand il entre en démocratie, il vous envoûte ! Ça ne vous coûte rien de sacrifier une vie, la vôtre ou celle des autres. Vous êtes précisément ce qu’il me faut. Moi, moi, ce qu’il me faut, oui, c’est précisément quelqu’un comme vous. Je ne connais personne que vous. Vous êtes le président, vous êtes le soleil, et moi, je suis votre ver de terre.

On fait face à l’entrée véritable des deux anti-héros de ce roman qui touche à la politique, au social, et à la philosophie. Dans cette époque de grands bouleversements, les personnages déploient leur intelligence et leurs idéaux afin de transformer leur pays, mais les idées extrémistes pourraient leur être fatales.

De la même saga

Du même auteur

Crime et Châtiment

L’Idiot

  • première partie (1868-1869)
  • deuxième partie (1868-1869)

L’Adolescent

  • première partie (1875)
  • deuxième partie (1875)

Les Frères Karamazov

  • première partie (1880)
  • deuxième partie (1880)

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