Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Quelle bonne idée de réunir lors d’un repas les amants du passés et les amours du présent ! Avec une délicatesse et une fine ironie qui accompagnent toujours sa plume, Philippe Besson nous ouvre une nouvelle fois les portes de sa vie privée. Étonnant en révélations et en sensations, ce diner est un formidable instant de vie dans lequel les langues se délient et les regards sont encore plus équivoques. Pour ceux qui auraient bien repris une part d’Un certain Paul Darrigrand, venez vous servir avec Dîner à Montréal.

– C’était pas ça, les termes du débat. C’est jamais aussi binaire. Tu n’étais pas le cœur, elle n’était pas la raison. Ç’aurait été trop facile. Ça s’est pas joué comme ça.

Je vous ai parlé de Paul Darrigrand.
À la première phrase de Dîner à Montréal, j’ai compris que j’avais raté un épisode. Oui, ce nouveau roman pourrait être catalogué comme le troisième livre de la trilogie autobiographique de Philippe Besson. Effectivement, ici, il est bien question de l’auteur accompagné de son jeune compagnon du moment, Antoine, en visite à Montréal pour une séance de dédicace pour son dernière roman paru.

Dans une librairie pour rencontrer son public, Philippe est étonné de voir devant lui Paul, un ancien amant qui a particulièrement compté pendant sa jeunesse. L’idée est alors lancée de se retrouver pour un dîner. L’invitation acceptée, Philippe se prépare mentalement à ces retrouvailles avec le passé en compagnie de Paul, d’Isabelle, sa femme pour laquelle il a rompu avec l’écrivain, et Antoine le jeune bellâtre d’une vingtaine d’années qui compte bien s’amuser pendant ce souper.

Faisant appel à notre curiosité et notre jouissance à connaître la vie des autres, nous sommes invités à partager ce moment étrange, parfois gênant, souvent révélateur. En tant que témoin, nous découvrons le point de vue de l’auteur sur cet épisode de son existence.

Et ce qui est sûr, c’est qu’on est tout aussi étonné que lui. Par Isabelle et sa force de caractère pour se confronter au passé fougueux de son mari, par Antoine qui prend plaisir à mettre les pieds dans le plat comme si une pièce de théâtre se jouait devant ses yeux, par Philippe qui cherche des réponses et, en même temps, tente d’aplanir les angles, et surtout par Paul qui, malgré son public, se sent d’humeur à révéler ses ressentis et son émotion de retrouver dix-huit ans plus tard l’un des rares hommes qui a compté pour lui.

Paul ? Il me surprend. Il me surprend parce que l’introspection n’était pas son genre, parce que courir le risque de heurter froidement son épouse ne lui ressemble pas, parce que je l’imaginais uniquement concentré sur le présent ou l’avenir. Et je découvre qu’il ne s’est pas défait totalement de ce qui nous a rapprochés un jour et qu’il éprouve le besoin de parler.

On est alors tiraillé entre plusieurs sensations: l’étonnement, la gêne, l’amusement, la crainte, la complicité. Ce qui ressort finalement le plus de ces échanges est cette infinie tendresse entre les deux hommes, comme si toutes ces années n’existaient plus, celles-ci ayant toutefois fait leur bonhomme de chemin et ont remodelé les émotions extrêmement fortes du passé en quelque chose de plus doux, de plus sacré et plus mystérieux.

La plume de Philippe Besson reste toujours aussi délicate, douce, fluide. Et comme le dit si justement Paul, on retrouve les thèmes de prédilection de cet auteur : le goût de la jeunesse, des premières effusions, de la passion, des triangles amoureux, etc… Cette lecture semble finalement trop courte tellement on en voudrait davantage. Et pour cela, je sais qu’il me suffit de me tourner vers Arrête avec tes mensonges et Un certain Paul Darrigand. Et vers tous les autres livres de l’auteur qui semblent avoir été plus ou moins inspirés par cette relation amoureuse éphémère mais non pas moins profonde.

Et si j’avais peur de ne pas réussir à tout suivre en choisissant de lire en premier Dîner à Montréal, sachez que ce n’a pas été un inconvénient de commencer par la fin. En tout cas, ça ne m’a pas empêché d’avoir un coup de cœur pour ce magnifique roman.

– Non, je n’ai pas pensé ça, je n’ai rien pensé du tout, tu ne penses pas à ce genre de choses quand tu obéis à du désir, et que le désir est partagé, tu n’es pas dans l’intelligence, et tant mieux.
– Mais c’était casse-gueule…
– Oui, d’ailleurs je me suis cassé la gueule, mais encore une fois je n’ai pas réfléchi, je n’avais pas conscience du danger, ça ne m’intéressait pas, ce qui m’intéressait c’était d’être avec lui, pour le temps que ça durerait.

Si j’ai eu peur au départ de ne pas tout saisir, n’ayant pas lu les deux autres récits autobiographiques de l’auteur, je me suis rapidement plongée dans ce moment de vie qui multiplie les témoignages de tendresse, les non-dits, les aveux. La plume de Besson est toujours aussi belle, vraie et douce. Un coup de cœur !

Sortie : mai 2019

Du même auteur

  • En l’absence des hommes (2001) ❤
  • Son frère (2001)
  • L’Arrière-saison (2002)
  • Un garçon d’Italie (2003)
  • Les Jours fragiles (2004)
  • Un instant d’abandon (2005)
  • L’Enfant d’octobre (2006)
  • Se résoudre aux adieux (2007)
  • Un homme accidentel (2008)
  • La Trahison de Thomas Spencer (2009)
  • Retour parmi les hommes (2011)
  • Une bonne raison de se tuer (2012)
  • De là, on voit la mer (2013)
  • La Maison Atlantique (2014)
  • Un tango en bord de mer (2014)
  • Vivre vite (2015)
  • Les Passants de Lisbonne (2016)
  • Arrête avec tes mensonges (2017)
  • Un personnage de roman (2017)
  • Un certain Paul Darrigrand (2019)

5 commentaires sur « Dîner à Montréal, Philippe Besson »

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