Note : 4 sur 5.

Comment ont été fondé les valeurs du bien, du bon, du mauvais, du méchant ? À qui ont profité l’installation de ses valeurs comme fondements des sociétés au fil des siècles ? À travers ses trois traités, Nietzsche ne cesse de s’interroger sur la moralité de l’homme, sur sa détestation de lui-même et sur son rapport à l’autre.

l’homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir…

La philosophie est rarement un genre qu’on lit tous les jours. Souvent complexe, parfois brumeux dans ses explications et figures de style, mais le plus fréquemment éclairant sur les questions sociétales, humaines et métaphysiques. Friedrich Nietzsche décide de s’attaquer aux fondements de nos valeurs, celles qui finalement caractérisent le plus nos sociétés, avant même l’apparition des religions monothéistes. La grande question qu’il se pose est la suivante : comment et qui a fondé notre système de valeurs et qui a décidé ce que le bien, le bon, le mal, le mauvais voulaient réellement représenter.

Les mœurs ont grandement évolué à travers les siècles et Nietzsche s’amuse à travers ses trois traités à remonter le temps afin de revenir aux principes fondamentaux des hommes civilisés. Comprendre les rapports entre un individu et un autre individu, entre un individu et une communauté, entre deux communautés ennemies, entre le vainqueur et le vaincu, etc. Avec un discours clairement anticlérical et surtout antireligieux, le philosophe nous démontre toute l’hypocrisie, selon lui, de nos valeurs positives et bienveillantes qui cachent finalement la cruauté de l’homme, sa sauvagerie, qui n’est plus acceptable dans des sociétés qui s’assagissent et qui ne peuvent plus tout conclure par un affrontement physique.

Maniant les mots avec dextérité, Nietzsche ne manque pas d’arguments et d’exemples pour alimenter son discours. Cependant, comme il le dit lui-même, mieux vaut connaître en amont son travail pour pleinement appréhender sa vision des choses. Il prend en exemple ses écrits précédents comme Au-delà du bien et du mal, Aurore, Le Gai savoir ou encore Ainsi parlait Zarathoustra et nous perd volontairement dans de nombreuses digressions. Ne manquant pas de cynisme, de morgue mais aussi d’esprit « comique », Nietzsche aime parfois nous compliquer la tâche en prenant de nombreux détours ou en faisant preuve de digressions parfois difficiles à apprécier, particulièrement dans le premier traité « Bon et méchant », « Bon et mauvais ».

Lue depuis une étoile lointaine, l’écriture majuscule de notre existence terrestre pourrait bien inciter à conclure que la terre est l’étoile ascétique à proprement parler, un coin peuplé de créatures insatisfaites, présomptueuses et repoussantes qui ne parviennent pas à se défaire d’un profond dégoût à l’égard d’elles-mêmes, de la terre, de toute vie, et se font à elles-mêmes tout le mal possible, par plaisir de faire mal : – leur seul et unique plaisir, vraisemblablement.

Les deux autres traités intitulés « Faute », « mauvaise conscience » et Que signifient les idéaux ascétiques ? sont un peu plus clairs même s’ils ne manquent pas non plus d’écarts linguistiques et philosophiques. C’est d’ailleurs intéressant de voir le philosophe s’intéresser autant à l’étymologie allemande des mots sur lesquels il disserte, bon, bien, mauvais, etc., afin d’en ressortir le sens premier et de le relier à son évolution au fil de l’Histoire.

Le tout démontre une crainte de l’époque moderne qui se veut parfaite, bonne, lisse, et en cachant ses travers et ses fautes sous des habits plus affriolants. Mais surtout, tout ce traité établit la montée du nihilisme et de ses excès, du dégoût de l’homme pour lui-même et ce qu’il est prêt à faire pour se détourner de son être, se châtier et trouver un sens en son existence. La Généalogie de la morale tente de nous éclairer sur les valeurs morales de l’homme et ce qu’elles traduisent de son aspect psychologique, sous un faisceau particulièrement pessimiste et agnostique.

Malgré quelques digressions et quelques difficultés parfois à comprendre les propos de l’auteur, ce livre philosophique est passionnant par sa profondeur, son ampleur et sa manière de décortiquer l’être humain dans son entièreté et surtout dans son rapport à l’autre et à ses croyances.

l’homme est plus malade, plus incertain, plus changeant, plus instable que tout le reste des animaux, cela ne fait aucun doute, – il est l’animal malade : d’où cela vient-il ? À coup sûr, il a aussi plus risqué, innové, bravé, défié le destin que tous les autres animaux réunis :  lui, le grand expérimentateur expérimentant sur lui-même, l’insatisfait, l’inassouvi, qui lutte pour la domination ultime avec l’animal, la nature et les dieux, – lui, le toujours indompté, l’éternellement à venir, à qui sa force contraignante ne laisse plus de repos, de sorte que son avenir s’enfonce impitoyablement, tel un éperon, dans la chair de tout présent : – comment cet animal courageux et riche ne serait-il pas également le plus exposé, le plus durablement et profondément malade de tous les animaux malades ?…

S’interrogeant sur les fondements des valeurs du bien, du mauvais, de la faute, du châtiment, Nietzsche propose trois traités très intéressants, particulièrement les deux derniers. Antireligieux, ses pensées personnelles ressortent aisément de ses réflexions autour de ces nombreux sujets anciens et fondamentaux dans la création de nos sociétés. Le philosophe digresse beaucoup, nous perdant parfois dans ses nombreux détours.

Sortie originale : 1887
311 pages

Du même philosophe

La Naissance de la tragédie (1872)
Humain, trop humain (1878)
Aurore (1881)
Ainsi parlait Zarathoustra (1883/1885)
Le Gai Savoir (1882 et 1887)
Par-delà le bien et le mal (1886)
Ecce homo (1908) posthume

2 commentaires sur « La Généalogie de la morale, Friedrich Nietzsche »

  1. Je ne suis pas prête à m’y attaquer pour le moment, mais ça a l’air passionnant. Et à défaut de le lire tout de suite, je sais déjà à qui l’offrir. Merci de ton avis, ce n’est pas le genre de livre qu’on rencontre souvent sur la blogo.

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