Note : 4.5 sur 5.

Pour célébrer le mariage d’un ami d’enfance de son mari, Jemma est invitée avec Matt à passer une semaine de vacances en petit comité dans la propriété des fiancés. Témoins d’une tragédie lors de leur séjour, les amis sont appelés à revenir un an plus tard au même endroit pour jouer à un jeu auquel personne ne veut se prêter : découvrir l’identité de celui ou celle qui a tué l’un deux.

J’aurais dû dire non, refuser de participer au jeu organisé ce soir. Peut-être ne suis-je pas aussi courageuse que j’aime le croire. Je tiens l’enveloppe noire serrée contre moi comme si ce qui est écrit sur la carte qu’elle contient risquait de traverser le papier doux comme du satin pour se révéler aux yeux de tous.

Ce qui ne tue pas, le premier roman mettant en scène l’inspectrice Stephanie King, a été l’une de mes meilleures lectures de ce début d’année. J’ai donc sauté sur l’occasion de découvrir le nouveau roman de Rachel Abbott. Merci donc à NetGalley et à la maison Belfond pour cette lecture. Dès les premières pages, on retrouve des similitudes dans le schéma narratif avec Ce qui ne tue pas : une narration exclusivement féminine avec une narratrice principale et deux autres plus en retrait, dont Stephanie King ; un cadre privilégié avec une propriété aisée dû à la réussite sociale de l’un des protagonistes masculins ; une suspicion constante autour de tous les personnages.

Encore une fois, Rachel Abbott parvient à insinuer le doute parmi les convives de ces petites vacances. Et certains paraissent plus douteux que d’autres… Mariée depuis deux ans à Matt, Jemma n’a jamais rencontré ses amis d’enfance qui semblent pourtant avoir eu une place importante dans sa vie d’adolescent et de jeune adulte. Le mariage de l’un d’eux, Lucas, est donc l’occasion pour Jemma de rencontrer tout ce petit monde et d’en découvrir davantage sur son mari si secret qui n’aime pas particulièrement parler de lui ou de son passé.

Elle fait donc la rencontre de Lucas, homme d’affaires philanthrope au puissant ascendant sur ses proches, de sa prochaine femme Nina, la belle française timide, d’Andrew et de Chandra, un couple atypique mais soudé, de Nick et d’Isabel, des jumeaux portés sur la réussite sociale. Et d‘Alex, la sœur de Lucas, qui se cache derrière ses habits et ses cheveux longs et qui navigue dans la propriété tel un fantôme. Alex qui a vécu un calvaire à l’adolescence et qui n’a jamais réussi à s’en remettre, et qui soupçonne bientôt l’un des amis présents d’être lié à son traumatisme.

Le séjour débute sous de beaux auspices entre l’aura chaleureuse de Lucas, les blagues de Nick et la l’attitude décontractée d’Andrew. Mais, malgré la bonne humeur ambiante, Jemma sent bien l’électricité dans l’air. Cette bande d’amis bien hétérogène semble être soudée par les secrets et Jemma se montre de plus en plus curieuse à ce sujet comme au mystère qui entoure Alex, ce qui renferme Matt d’autant plus dans son mutisme. Et alors que les rires cachent les messes basses et les disputes dans les coins reculées de la propriété, le pire se produit, l’un d’eux est retrouvé mort à l’aube. L’inspectrice Stephanie King et son équipe concluant à un suicide, l’affaire est classée et tout le monde retourne bientôt à sa vie quotidienne.

Jusqu’à ce que Lucas invite à nouveau la bande un an après le drame pour célébrer la date anniversaire de son mariage. Jemma s’interroge, pourquoi décider de les regrouper au même endroit un an jour pour jour après le suicide de l’un des convives ? Lucas cache-t-il d’autres intentions que de fêter son union avec Nina ? Malgré l’incongruité de la démarche, tout le monde s’exécute et se retrouve alors dans la propriété luxueuse au bord de la mer. Murder game nous plonge alors dès ce moment en plein huis clos psychologique dans lequel Jemma et le reste des invités semblent impuissants face à la tournure des événements. Et si ce suicide cachait un meurtre ? Si le coupable était l’un d’eux ? Mais qui aurait eu des raisons de perpétrer cet acte horrible ? Malheureusement, la liste se révèle bientôt longue.

Car, il est clair que les liens qui unissent les personnages sont parfois bien brumeux, à se demander si l‘amitié ne cache pas plutôt une ascendance, voire même de la manipulation. On doute de tous, particulièrement du noyau principal qui gravite autour d’une même personne : Lucas. Il est effarant de voir ce que Matt, Andrew, Nick et Isabel sont prêts à faire pour obtenir l’admiration et l’acceptation du philanthrope, même à l’âge adulte. Hors de ce groupe qui semble aduler ou craindre Lucas, Jemma est l’une des seules à objecter face au jeu malsain qui commence à se mettre en place.

Les double jeux se dévoilent et les amis font bientôt tomber les masques pour révéler les inimitiés. Alors que Ce qui ne tue pas exposait des relations toxiques au sein de la sphère familiale, Murder game s’évertue à produire le même rendu mais, cette fois-ci, dans la sphère amicale. Les obsessions et les non-dits peuvent être tout aussi destructeurs dans l’une comme dans l’autre, comme nous le montre si bien l’auteure. Le passé d’Alex se révèle insoutenable et nous permet d’en découvrir davantage sur elle mais également sur Lucas et ses amis à cette époque, et de comprendre l’évolution de leurs relations et de leur place respectif dans le groupe.

Stephanie King, épaulée par son collègue et compagnon Angus, se retrouve au milieu de tout ce bazar en pressentant le pire. Et, elle a bien raison vu la tournure des événements. Rachel Abbott produit une nouvelle fois un thriller psychologique à la hauteur, dans lequel la tension s’installe et devient de plus en plus forte à chaque nouvelle révélation.

La résolution de l’histoire est convaincante même s’il m’a manqué un peu plus d’éclaircissements sur le mobile du coupable. Et la seule chose qui devient vite lassante est le mutisme de Matt qui est bien trop accentué pour corser l’histoire. Faire un mystère de tout et de n’importe quoi, surtout à sa femme, n’est pas naturel, même pour les plus timides et cachotiers d’entre nous. Hormis cela, je vous recommande sans problème ce nouveau roman très bien orchestré.

Mon cœur cogne tandis que je roule sur la petite route qui relie le village à la maison de Lucas, en priant pour que personne ne vienne en sens inverse. Malgré moi, des images du même voyage effectué l’année dernière surgissent dans mon esprit. Nous étions si excités ! Et moi, j’étais tellement impatiente de rencontrer les amis de Matt, même si la fortune de Lucas m’intimidait un peu ! Je n’étais sûre que d’une chose : Matt et moi nous aimions et cela nous rendait invincible.
Aujourd’hui, nous revoilà. Cette fois tout est bien différent.

Cette deuxième enquête de Stephanie King nous plonge en plein huis clos estival. La psychologie des personnages se développe de manière intéressante à mesure où les fils se relient entre passé et présent. Seul le mari de la narratrice m’a paru trop exagéré dans son mutisme. Soupçonnant tout le monde, on se captive à découvrir enfin la vérité sur la mort de l’un d’eux et sur des événements encore plus anciens et horribles.

Sortie française : mars 2021
Sortie originale : avril 2020
400 pages

Une autre enquête de Stephanie King

Ce qui ne tue pas (2018)

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Tue-moi encore (2021)

8 commentaires sur « Murder game, Rachel Abbott »

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