Coup de ❤

Cinq amis et écrivains de polars se retrouvent à Crescent House, une maison célèbre pour le meurtre d’un auteur noir perpétré par le Klu Klux Klan et pour les rumeurs depuis autour de fantômes qui rôderaient entre ces murs. Le lieu idéal pour une semaine d’écriture où les disparitions vont s’enchainer et où la peur va révéler la nature profonde de ces hommes et femmes.

L’obscurité s’asphyxie derrière les volets clos. Les huis grippés de rouille emprisonnent la lumière, leurs lames grossières matérialisent les ombres sur les cloisons tapissées de moisissures. Le parquet craque, les portes gémissent dans le brouillard de mes angoisses, les particules d’air s’étoffent dans un nuage de poussière nourri par les saisons et glissent le long des fenêtres condamnées.

Une maison délabrée dite hantée par l’esprit de son ancien propriétaire, tué par pure haine raciale, cinq auteurs de romans noirs se réunissant dans ce lieu pour une session d’écriture, un coin paumé dans lequel le réseau est intermittent : L’Empereur blanc offre tous les ingrédients pour un huis clos glaçant.

Anton, nouveau propriétaire de Crescent House, Steven, Rachel, Sue et Dan se retrouvent donc dans cette bâtisse en pleine rénovation afin de trouver chacun l’inspiration pour son prochain roman. Thriller psychologique, roman d’épouvante, polar passionnel, chacun excelle dans son domaine de prédilection. Cependant, leur passion de l’écriture semble ne leur laisser que peu de temps pour entretenir une vie privée. Avec chacun leur propre lot de regrets, les cinq écrivains comptent bien oublier ces sentiments négatifs en s’installant à Crescent House pour quelques jours. Seulement, dès le départ, les signaux passent au rouge. Le premier à arriver à la maison disparait, envoyant un étrange SMS à tous les autres. La paranoïa s’invite rapidement alors que la pluie est constante, donnant un sentiment supplémentaire d’isolement et de morosité à ce lieu qui n’en a pourtant pas besoin.

En effet, Crescent House a abrité un douloureux drame, celui de la mort de Bill Ellison et de sa femme Myra, brûlés dans leur propre maison par des membres du Klu Klux Klan. Auteur noir attaché à son art, Bill connait une certaine notoriété après sa mort liée aux sombres événements de Crescent House. Apprenant petit à petit ces faits remontant à une cinquantaine d’années, les auteurs d’aujourd’hui sont de plus en plus inquiets, alors que les disparitions au sein du groupe continuent et qu’une famille dans la ville voisine se fait assassiner dans une curieuse mise en scène. Ce quintuple meurtre a-t-il un lien avec les disparitions des nouveaux locataires de Crescent House ? Pourquoi quelqu’un voudrait-il s’en prendre à Anton, Dan, Rachel, Sue et Steven ?

Dans le cadre d’une fiction, chacun d’eux aurait eu un mobile de s’attaquer à l’autre : la peur, la jalousie, l’envie, l’insatiable besoin d’éteindre toute lueur pour briller, la soif de réussir, de s’imposer. Les motivations foisonnaient sur le champ des ambitions.
Jusqu’où pouvait-on s’abaisser pour accéder à la reconnaissance ?

Difficile d’en dire plus sur L’Empereur blanc sans vendre la mèche. Au sein de cette atmosphère étrange, ce qui excite nos auteurs à la recherche de sensations fortes et d’inspiration puis ce qui les inquiète, s’installe un huis clos psychologique rondement mené. Les différents caractères interagissent de manière intéressante, entre cynisme et non-dits, alors que les esprits s’échauffent de plus en plus. Les événements dès 1965 se dévoilent peu à peu au fur et à mesure du roman, nous montrant que la maison reste toujours entachée par ces sombres agissements.

Steven, Sue et Dan se révèlent être les personnages les plus mis en avant, ce qui s’explique par la suite même si j’aurais aimé comprendre davantage le rôle d’Anton dans tout cela. Bientôt, le lieutenant John Dudley, en charge de l’affaire sur le quintuple meurtre, s’invite dans la narration, à la recherche de la vérité. En suivant principalement ce personnage dans la la seconde partie du récit, les indices se multiplient sur ce qui arrive réellement autour des cinq amis et collègues. Une baisse de tension se fait ressentir et l’auteure donne des clefs afin que l’on comprenne à l’avance quelques révélations, quitte à amoindrir l’effet de surprise.

Pourtant, l’intérêt ne faiblit pas car Armelle Carbonel propose une évolution psychologique captivante. Le contexte historique des années 60/70 apporte une touche supplémentaire de drame et de suspense à cette histoire qui ne manque pas d’ampleur et de profondeur. L’écriture va au bout des choses, elle est particulièrement puissante au sein des écrits des Ellison, et ne nous perd pas en chemin même quand elle s’exerce à quelques métaphores. Le thème de la haine raciale s’imbrique magnifiquement au reste, étant exploré d’une manière originale et intéressante. L’Empereur blanc est une lecture qui ne laisse pas indemne, qui mêle les genres noirs avec brio, et qui est difficile à lâcher avant la fin. Je remercie grandement NetGalley et la maison d’édition Mazarine pour cette lecture.

L’Empire Invisible encercle la maison d’une haine si prégnante qu’elle semble s’étendre à l’univers tout entier. Les cavaliers ont érigé leur totem en bois comme une offrande au Grand Créateur de nos vices. La croyance populaire voudrait nous faire croire que ces notables couvrent leurs visages pour susciter l’effroi, mais au fond, nous savons tous qu’ils dissimulent leur lâcheté parce que aucun être humain ne serait en mesure d’affronter son reflet après ça.

Hormis une petite baisse de tension dans la seconde partie, ce huis clos psychologique est magistralement exécuté. Le lien entre les événements présents de Crescent House et ceux passés en rapport au Klu Klux Klan est passionnant. Les personnages cachant chacun quelque chose, la folie s’invite bientôt au milieu de tout ce mystère.

Sortie : mars 2021
414 pages

6 commentaires sur « L’Empereur blanc, Armelle Carbonel »

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