Note : 4.5 sur 5.

La bande des Ratés se reforme vingt-sept ans plus tard pour mettre un terme à l’influence de Ça sur Derry. Ravivant ses souvenirs, elle pourrait bien trouver le moyen de définitivement tuer celui qui séduit et effraie les enfants avec son apparence emblématique de clown.

Bill est là le premier. Il est assis sur l’une des chaises de la sale de lecture, et observe Mikey qui s’occupe des quelques derniers abonnés de la soirée – une vieille dame avec tout un assortiment de livres de poche sur le Moyen-Âge, un homme qui tient un énorme volume sur la Guerre civile et un adolescent maigrichon avec un roman d’où dépasse le titre de prêt de sept jours.

Trois ans après avoir lu le premier tome de Ça, il était vraiment temps que je retrouve la bande des Ratés et le célèbre Grippe-Sou. Et quoi de mieux que la période estivale pour se replonger dans la moiteur des Friches et dans l’atmosphère aussi étrange qu’étouffante de la ville de Derry ? Si je pensais avoir un peu de mal à me remettre dans le bain, j’ai été surprise de me rendre compte de la facilité avec laquelle je me suis replongée dans cette histoire. Il faut dire que la ville de Derry reste pour le moment mon univers préféré dans les romans de Stephen King.

Avec Ça, l’écrivain peut explorer à loisir les peurs et les croyances propres à l’enfance, la force de l’amitié et de la cohésion, la puissance de la mémoire et, le passage de l’enfance à l’âge adulte. Dans ce grand roman de près de 1 400 pages – découpé en deux ou trois parties en France selon les éditions –, Stephen King prend le temps, comme à son habitude, de créer une ambiance autour de ses personnages extrêmement bien développés et des décors dans lesquels ses héros vont évoluer. Tout est tellement palpable, la manière avec laquelle Stephen King fait surgir le surnaturel dans un réalisme foisonnant de détails est toujours aussi incroyable. Comme Bill, Beverly et les autres, on y croit à chaque instant.

Ce travail important du réalisme passe par un récit très descriptif qui pourrait en rebuter plus d’un, ce second tome passant en plus la moitié de son temps à revenir sur des événements passés pour créer un lien toujours plus puissant entre les sept enfants. Si vous avez eu beaucoup de mal avec cette construction narrative dans le premier tome, soyez avertis que cette suite persévère dans cette dynamique, quitte à laisser de côté le rythme de l’histoire afin d’explorer au maximum les thèmes propres à ce roman qui joue sur les peurs de l’enfance.

L’ultime vérité serait-elle encore plus simple ? Se pourrait-il qu’aucun acte de foi ne fût possible tant que l’on n’était pas brutalement poussé dans le vortex hurlant des choses, tel un nouveau-né parachutiste qui plongerait dans le vide au sortir du sein de sa mère ? Une fois que l’on tombait, on était bien obligé de croire à la chute, non ?

Le récit continue de se diviser dans une alternance entre passé et présent, du premier affrontement entre Ça et les enfants, au retour de la bande à Derry vingt-sept ans plus tard afin de mettre définitivement fin à l’emprise de leur ennemi sur la ville. Depuis quand Ça s’est-il réfugié à Derry ? Est-ce sa présence qui rend les habitants de la ville aussi inquiétants ? Mais, surtout, est-ce qu’il est possible de le tuer ? Ravivant les souvenirs du passé, Bill, Richie, Eddie et les autres sont rappelés par leur promesse, les souvenirs revenant peu à peu à mesure où ils passent du temps ensemble et se retrouvent de plus en plus proches de Ça. Même adultes, les personnages retrouvent leur complicité, cette dernière d’autant plus renforcée par les épisodes du passé qu’ils relatent les uns après les autres.

C’est tellement plaisant de suivre ses personnages vivant chacun une épreuve individuelle liée à Grippe-Sou qui les aident ensuite à raffermir la puissance du groupe grâce à une confiance totale et à une bienveillance à toute épreuve entre chacun des membres des Ratés. Cet amour inconditionnel qu’ils prouvent par leurs paroles et par leurs actes pourrait bien être l’arme la plus puissante pour terrasser à jamais le mal de Derry. Ce mal, qui se cache derrière les peurs de ses victimes, ne parait plus si effrayant mais d’autant plus complexe à mesure où on découvre sa nature, ses désirs et ses peurs. Les rares moments où l’on suit le point de vue de Ça sont passionnants afin de découvrir ce qu’il ressent lui-même et ce en quoi il croit. Ils seront aussi l’occasion d’enfin comprendre les références à une certaine tortue dans le premier tome.

Les cent dernières pages, qui ne devraient être idéalement tournées que vers le dénouement de l’histoire avec l’affrontement entre les deux camps, sont toujours entrecoupées de moments très descriptifs, ce qui, parfois, coupe ici vraiment l’effet pesant et stressant des scènes. Néanmoins, la fin est très satisfaisante, les larmes m’auront même monté aux yeux tellement j’ai pris plaisir à suivre ses personnages. Cette conclusion plus douce qu’amère permet de dire au revoir à Derry et ses à événements tragiques. Le seul gros point négatif est l’une des fantaisies assez étranges de l’auteur : la scène de sexe. Si Stephen King tente totalement de la légitimer, elle reste assez dérangeante. Cela renforce évidement l’idée du passage de l’enfance à l’âge adulte en laissant derrière soi ses illusions et son imagination enfantines afin de laisser place à la réalité du monde. Cependant, elle aurait pu être atténuée, l’acte sexuel parait vraiment de trop.

Il ne fait aucun doute que tous nous savons depuis l’enfance ce que nous fait le monstre lorsqu’il nous attrape au fond des bois : il nous dévore. C’est peut-être la chose la plus épouvantable que nous sommes capables de concevoir. Mais en fait, c’est de foi et de croyance que vivent les monstres, non ? Je suis irrésistiblement conduit à cette conclusion : la nourriture donne peut-être la vie, mais la source de la puissance se trouve dans la foi, non dans la nourriture. Et qui est davantage capable d’un acte absolu de foi qu’un enfant ?

Un second tome aussi réussi que le premier, l’amitié entre les personnages principaux est très touchante et peut aller au-devant de tout. Les assauts de Ça sont prenants suite aux souvenirs retrouvés de notre bande des Ratés. La fin est douce avec une petite touche d’amertume, c’est très réussi. Reste une scène particulière qui est dérangeante et parait de trop.

Sortie française : novembre 1988
Sortie originale : septembre 1986
638 pages

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tome 1 (1986)

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2 commentaires sur « Ça tome 2, Stephen King »

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