Note : 3.5 sur 5.

La famille Lambert est une famille comme les autres. Elle veut le meilleur pour chacun des membres de sa tribu. Elle veut pouvoir se réunir sans cri, sans rancune, sans haine. Malheureusement, on n’a pas toujours ce que l’on veut.

La folie d’un front balayant la Prairie en automne. On le sentait : quelque chose de terrible allait se produire. Le soleil bas sur l’ohorizon, une lumière voilée, une étoile fatiguée.

Ma première expérience dans la bibliographie de Jonathan Franzen avec Freedom m’avait préparée à son style et à ses thèmes de prédilection : la dépression, la transmission parents/enfants difficilement acceptée, la famille désunie, la classe moyenne américaine, la mélancolie et de très longues descriptions. Je partais donc avec, je pense, le bagage nécessaire pour apprécier un tant soit peu Les Corrections. Car, on retrouve ici les mêmes thèmes avec tout de même de nouveaux personnages et de nouveaux caractères.

Il serait conseillé de ne pas se plonger dans un roman de Jonathan Franzen si vous n’avez pas le moral, ses histoires sont loin d’êtres gaies, bien au contraire. En collant au plus près du réel, l’auteur implante ses protagonistes dans un climat de mélancolie et de désillusion. Alfred et Enid, mari et femme depuis des décennies, ont de plus en plus de mal à cohabiter dans la maison familiale. L’un est taciturne et de plus en plus malade, l’autre et volubile et soucieuse de tout. Leurs enfants, Chip, Denise et Gary, ne se sentent pas mieux dans leur vie personnelle.

Chip n’arrive pas à remonter la barre depuis qu’il s’est fait viré de son boulot d’enseignement. Il peine à faire accepter son scénario de film à sa nouvelle patronne et il est de plus en plus endetté. De son côté, Denise, très secrète, semble avoir davantage les pieds sur Terre avec son travail prestigieux de chef dans un restaurant réputé. Mais quand elle fait une bêtise, elle ne fait pas les choses à moitié, quitte à mélanger vie intime et vie professionnelle. Et enfin, Gary, le plus posé des trois enfants Lambert, installé dans une vie de famille en apparence sans problème avec sa femme et ses trois enfants. Mais, les choses sont bien plus complexes qu’elles n’en ont l’air : Gary ne veut pas admettre qu’il est dépressif et sa femme, Caroline, semble très douée pour manipuler ses proches, particulièrement ses enfants.

Il avait perdu trace de ce qu’il voulait, et comme une personne était la somme de ce qu’elle voulait, on pouvait dire qu’il avait perdu trace de lui-même.

Le tableau de la famille Lambert est loin d’être idyllique, on ne peut le nier. Les relations familiales sont le plus souvent tendues et pleines de rancœur. Mais, qui a une famille qui jamais ne se chamaille ? L’auteur explore avec minutie et talent les rapports humains et familiaux. Il permet aux personnages de voir leur place dans leur famille, leurs liens avec leurs parents, leurs enfants et leur fratrie, mais aussi de se recentrer sur eux-mêmes. La dimension psychologique des Corrections est très réussie, le titre trouvant tout son sens au fur et à mesure que l’on gratte le vernis de la famille Lambert. Les personnages sont loin d’être parfaits, certains sont même insupportables la plupart du temps, mais chacun ressort grandi à la fin du livre. Et il est étonnant de voir les personnages d’une toute autre manière suite à tout ce qu’ils ont enduré. Personnellement, je ne m’attendais pas à apprécier un tant soit peu Chip et finalement, il m’a incroyablement surprise.

Le roman traite également avec succès des sujets importants qui touchent une majorité d’êtres humains : la vieillesse et ses difficultés, la perte de mémoire, la maladie et ce qu’elle entraîne pour la personne touchée et pour ses proches, etc… Seulement, tout ça est parfois difficile à appréhender et à apprécier. C’est franchement déprimant et lent et ça ne plaira pas à tous les publics. Cela demande un investissement pour passer outre les trop longues descriptions et les détours qui complexifient l’histoire mais qui, finalement, n’apportent pas grand chose d’intéressant.

Jonathan Franzen digresse beaucoup trop sur des sujets sans trop d’intérêts et, en même temps, laisse des zones d’ombres autour de certains personnages : le passé d’Alfred reste flou, on ne sait pas pourquoi il a adopté cette philosophie de vie et pourquoi il se comporte de cette façon avec sa femme et ses enfants. Et la conclusion autour de Gary reste très brève par rapport aux autres personnages. Le roman offre tout de même de bonnes surprises avec des personnages bien plus positifs comme Jonah ou Robin et une conclusion très satisfaisante dans laquelle les Lambert apprennent de leurs erreurs et se libèrent de certaines de leurs barrières mentales.

Et la triste vérité était que tout le monde ne pouvait pas être extraordinaire, tout le monde ne pouvait pas être parfaitement cool ; parce que, à qui reviendrait-il d’être ordinaire ? Qui se chargerait de la tâche ingrate d’être comparativement moins cool ?

Le style de Jonathan Franzen est loin d’être simple. C’est lent, tortueux, très descriptif mais finalement très réussi du point de vue psychologique. Tous les membres de cette famille ont quelque chose à prouver/révéler/soigner et il est intéressant de suivre leur parcours individuel. Mais c’est bien trop long, l’auteur n’arrête pas de digresser.

Sortie française : 2002
Sortie originale : 2001
694 pages

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