Note : 4 sur 5.

En vacances dans un hôtel, un jeune baron pense pouvoir vivre une brève mais plaisante aventure avec l’une des clientes, accompagnée seulement de son enfant. En passant par le garçon pour s’approcher de la mère, le baron ne sait pas que la partie de chasse va finalement basculer en sa défaveur.

Il ne pouvait pas comprendre qu’on écrasât sous le pied, si simplement, la vérité, comme une allumette enflammée.

Une nouvelle de Stefan Zweig est toujours l’occasion de se plonger avec délectation dans les méandres sentimentaux et psychologiques de l’être humain. L’écriture de l’auteur autrichien sait aller au plus profond des émotions humaines tout en expliquant leurs causes, souvent bien anodines. Brûlant secret met en scène un jeune baron, parti en congés pour une semaine où il espère avoir quelques connaissances et rencontres intéressantes avec qui converser. Malheureusement, l’hôtel dans lequel il s’établit ne compte pas beaucoup de ces gens-là.

Déçu de cette absence de vie mondaine, il remarque toutefois au diner une des clientes du même hôtel en train de manger avec son fils de sept ans. Agréable à regarder, le baron se laisse rapidement séduire par la figure de cette inconnue et compte bien faire plus ample connaissance avec elle. Néanmoins, la jeune mère ne semble pas vouloir lui faciliter la tâche, évitant son regard persistant et remontant rapidement dans sa chambre avec son garçon. Loin d’être novice dans les jeux de l’amour, le baron accepte le défi qui se transforme vite en véritable partie de chasse pour lui. Lui ayant montré explicitement son intérêt, l’homme compte maintenant passer à l’étape suivante : se mettre l’enfant dans la poche pour obtenir la mère.

Le lendemain, le petit Edgar est étonné, puis émerveillé, de voir qu’un adulte lui porte de l’intérêt. Cette amitié naissante va faire naître des sentiments forts pour l’enfant, jusqu’à ce qu’il est envie de se surpasser afin d’être à la hauteur de son nouveau compagnon de promenades et de discussions. Mais quelle est donc sa surprise de voir que le jour où le baron fait la connaissance de sa maman, les deux adultes ne lui portent plus aucune attention ! Eux qui étaient d’abord si élogieux le concernant ne s’occupent plus de lui. Pourquoi le baron et sa mère ont-ils autant changé ? Quel secret les lie pour qu’ils se comportent de cette façon ?

Son regard était très calme, comme celui d’un médecin. Autrefois peut-être, il aurait fait le méchant, pour les mettre en colère, mais on apprend beaucoup et vite, quand on a de la haine.

Si la nouvelle débute au côté du baron, Edgar devient, dès sa première apparition, le véritable personnage principal avec des monologues intérieurs qui essayent de décortiquer tel ou tel comportement. Avec ses yeux d’enfants, Edgar est amené à découvrir avec effroi la dualité des adultes, leurs mensonges. Bientôt, la peur et l’incompréhension laissent place à la haine. Grandissant en quelques jours en compagnie de ses deux nouveaux ennemis, l’enfant explore bien trop tôt le monde des adultes qui laisse fleurir les non-dits et les envies malhonnêtes. Même s’il ne peut pas mettre le doigt sur ce qu’il se passe concrètement entre les deux adultes, Edgar comprend bien que c’est quelque chose de mal, d’égoïste.

Les diverses émotions qui se déversent en Edgar sont tout à fait palpables, tout comme les agissements des deux autres personnages et du cadre de l’histoire. Brûlant secret s’offre une force réaliste et immersive saisissante. Et, en même temps, le récit laisse aussi une part à l’imaginaire avec un enfant qui, ne connaissant pas les choses de l’amour, est obligé d’expliquer ce qu’il voit par ce qu’il connait et perçoit du haut de ses sept ans. Si ce n’est pas la nouvelle qui m’a le plus conquise de l’auteur, le basculement du rapport de force entre le baron et l’enfant, et la qualité littéraire toujours émérite de Stefan Zweig sont de très bonnes raisons de découvrir et de se laisser charmer par Brûlant secret.

Parfois ce n’est qu’une seule et mince cloison qui sépare les enfants de ce que nous appelons le monde réel et un souffle de vent fortuit la leur ouvre brusquement.

Cette fois-ci, Stefan Zweig n’exploite pas le sentiment amoureux pour le magnifier mais bien pour montrer ses facettes plus malhonnêtes et perverses. La partie de chasse transforme le chasseur en proie alors qu’un jeune garçon apprend bientôt le secret de la séduction et du faux-semblant, propre au domaine des adultes.

Sortie française : 1938
Sortie originale : 1911
128 pages

Du même auteur

Amok suivi de Lettre d’une inconnue (1922)
Vingt-quatre heures de la vie d’une femme (1927)
Les Deux Sœurs (1936)
Le Joueur d’échecs (1943)
Le Monde d’hier (1944)

7 commentaires sur « Brûlant secret, Stefan Zweig »

  1. Ça m’a l’air sulfureux à souhait. Je sens que je vais adorer autant qu’être dérangée par cette nouvelle que je compte bien lire très vite maintenant ^^
    Merci pour ta belle chronique qui donne tant envie !

    Aimé par 1 personne

    1. La manière avec laquelle la « romance » se présente est assez déstabilisante au départ, le baron est vraiment dans le désir d’obtenir un nouveau trophée sur son tableau de chasse. On n’est pas forcément face à des adultes très sympathiques mais intéressants par la manière avec laquelle le petit garçon les perçoit au fur et à mesure.

      Aimé par 1 personne

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