Note : 4 sur 5.

Alors que le roi part s’établir loin de Castlecerf, le Bâtard au Vif compte mener à bien sa vengeance. Mais la mission de Fitz vaut-elle vraiment le coup ? Pourquoi ne pas rejoindre Oeil-de-Nuit dans une vie sauvage où passé et futur n’ont aucune prise sur le présent ?

La pièce était trop chaude et trop petite. Haleter ne me rafraichissait plus. Je quittai la table et m’approchai de la barrique d’eau dans le coin. J’enlevai le couvercle et bus à longs traits. Cœur de la Meute leva les yeux avec un presque-grondement.
« Sers-toi d’une timbale, Fitz. »

Deux ans après ma lecture du tome 3, il était bien temps que je me replonge dans L’Assassin royal au côté de Fitz. Et si je pensais perdre facilement le fil, c’était oublier le talent de conteuse de Robin Hobb qui nous renveloppe rapidement dans son récit dont on apprécie les divers aspects et détails. On peut même dire qu’avec Le Poison de la vengeance, l’auteure répète un peu trop ce qui est survenu dans les tomes précédents, ce qui alourdit un récit qui, déjà, prend bien son temps depuis le début de la saga. Ce manque de rythme se ressent particulièrement dans ce quatrième tome dû en grande partie à l’isolement de Fitz. Nous retrouvant pratiquement qu’avec lui, nous faisons face à une longue introspection de notre héros qui a encore du mal à apprendre de ses erreurs.

En effet, le voilà à encore foncer tête baissée pour ce qu’il pense être juste malgré sa dernière défaite plus que cuisante. La fin du tome 3 a vraiment rebattu les cartes de la saga avec un bouleversement pour tous les personnages principaux de Castlecerf. On ouvre alors un nouveau chapitre de la vie de Fitz et de ses proches, certains dont la survie est encore incertaine. Se mettant à dos les seules personnes qui connaissent le secret de sa résurrection, Fitz se retrouve alors seul avec son loup Oeil-de-Nuit. Tiraillé entre sa part de loup qui ne voit pas plus loin que le lendemain et sa part d’homme avec un passé trouble et un futur qui ne présage rien de mieux, il va devoir faire un choix crucial pour son avenir. Vivre en homme libre sous une nouvelle identité ou se venger de ceux qui ont tenté de l’éliminer.

Sa décision est loin d’être étonnante, la manière de la mener l’est bien plus. On aurait pu croire que sa dernière défaite contre Royal lui aurait mis du plomb dans la cervelle, mais non ! Sans plan, sans alliés, sans solution de repli, Fitz est prêt à foncer tout droit dans la gueule du loup. Il reste le jeune homme impulsif des débuts et même son entraînement en tant qu’assassin du roi ou combattant ne va ici lui servir à rien. Il semble qu’il ait tout oublié de ses apprentissages. Cela peut s’expliquer par les événements situés en début de tome ; en espérant alors que Fitz s’améliorera à nouveau dans les tomes suivants.

Le temps, pas le temps, intervient Œil-de-Nuit d’un ton las. Les hommes ont inventé le temps pour mieux se casser la tête ; tu y penses tant que j’en ai le vertige.

Ce tome 4 met véritablement l’accent sur la psyché de Fitz, sur ce qu’il peut supporter ou non et sur ce qu’il désire vraiment. Son lien avec Oeil-de-Nuit est très bien exploré, on ressent bien les tentations à s’échapper dans une vie de loup qui ne vit que le moment présent et l’amitié indéfectible entre ses deux êtres de la même meute. Ce départ de Castlecerf permet en plus à Fitz d’en découvrir davantage sur le Vif, don qui lui était reproché depuis son enfance. Pendant son périple jusqu’à Gué-de-Négoce, il va donc pouvoir améliorer sa magie, tel que celle propre à l’Art, en rencontrant quelques personnages intrigants qui s’y connaissent bien mieux que lui.

En parlant des personnages, beaucoup ne semblent que de passage mais, même brefs, ils réussissent à apporter quelque chose au récit. Le rapport aux animaux est particulièrement présent dans ce tome entre la présence plus importante du loup de Fitz, la création du Cirque du roi dans lequel le traitement des animaux fait froid dans le dos et les autres animaux plus paisibles avec lesquels Fitz tente de faire le lien. Finalement, malgré un jeune héros qu semble avoir régressé ici, ce quatrième tome ne manque pas d’atouts pour approfondir la psychologie de Fitz et pour nous rendre son univers toujours plus immersif. Il offre également une belle surprise qui devrait apporter pour la suite un enjeu supplémentaire à la saga.

Aucun des instant de joie, de passion ou de courage que je retrouvais dans ma mémoire n’était exactement tel qu’il avait été, car mon esprit ajoutait toujours avec perfidie : « oui, tu as eu cela, en un temps, mais ensuite est venu ceci, et ceci est ce que tu es aujourd’hui. »

Ce tome aux profonds changements privilégie l’introspection de son héros que l’intrigue, ce qui donne un rythme encore plus lent que d’habitude. Mais, c’est toujours un plaisir de plonger dans cet univers dans lequel l’Art et le Vif ont davantage d’importance ici.

Sortie française : mars 2000
Sortie originale : avril 1997

350 pages

De la même saga

L’Apprenti assassin tome 1 (1998)
L’Assassin du roi tome 2 (1999)
La Nef du crépuscule tome 3 (1999)
La Voie magique tome 5 (2000)
La Reine solitaire tome 6 (2000)
Le Prophète blanc tome 7 (2003)
La Secte maudite tome 8 (2003)
Les Secrets de Castlecerf tome 9 (2003)
Serments et deuils tome 10 (2004)
Le Dragon des glaces tome 11 (2005)
L’Homme noir tome 12 (2005)
Adieux et retrouvailles tome 13 (2006)

De la même autrice

Les Aventuriers de la mer
Le Vaisseau magique tome 1 (2001)
Le Navire des esclaves tome 2 (2001)
La Conquête de la liberté tome 3 (2002)
Brumes et tempêtes tome 4 (2004)
Prisons d’eau et de bois tome 5 (2005)
L’Éveil des eaux dormantes tome 6 (2006)
Le Seigneur des Trois Règnes tome 7 (2006)
Ombres et flammes tome 8 (2007)
Les Marches du trône tome 9 (2007)

6 commentaires sur « L’Assassin royal – Le Poison de la vengeance tome 4, Robin Hobb »

  1. Ton élogieux avis me donne envie de replonger dans ce dense et envoûtant univers créer par l’auteure. J’ai vraiment voyagé grâce à ferrée magistrale saga. Cela dit je devrais plutôt songer à commencer Le Fou et l’Assassin !

    Aimé par 1 personne

  2. C’est vrai que Robin Hobb est une reine pour nous faire replonger dans son univers à chaque fois malgré le temps qui passe.
    Je me rappelle qu’effectivement j’adorais les relations hommes-animaux , mais que les introspections de Fitz avaient le don de m’agacer. Dur équilibre du coup pour ce tome.
    Une série que j’aimerais vraiment relire un jour.

    Aimé par 1 personne

    1. Sachant qu’en plus, on ne suit que le point de vue de Fitz, c’est vrai que l’équilibre est parfois dur à trouver. J’ai beaucoup aimé la première partie de ce tome pour cette dualité homme-loup, la suite m’a un peu plus embêtée, Fitz uniquement tourné vers ses dilemmes intérieurs.

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    1. J’ai à un moment eu du mal à trouver cet équilibre justement mais globalement, c’est très réussi. Effectivement, c’est de plus en plus profond et complexe, l’auteure est très douée et ses personnages nous donnent toujours envie de connaître la suite de leurs aventures.

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