Note : 3.5 sur 5.

Alors que la Grande Nuit s’achève, les Torches de la ville disparaissent. Cham, Porte-Lumière, doit retrouver les coupables de ces vols et découvrir le mystère autour de la disparition de deux jeunes adultes.

Il ne fallait pas le laisser filer. Adossé à une colonne, Cham pivota pour percer l’assaillant du feu de son lance-flammes. S’il accédait à l’escalier, le terroriste aurait la vie sauve car, en bas des marches, d’autres Porte-Lumière le cueilleraient sans l’abattre. C’est bien ce que préconisait le manuel : « Neutraliser la menace en causant le moins de dommages possible. » Ce qui dans le cas présent empêcherait Cham de s’emparer de son arme – or la sienne était presque déchargée.

Essayiste politique, Matthieu Niango ne manque pas de culture et d’une maîtrise de la langue afin de produire un premier roman qui possède plusieurs niveaux de lecture. Entre dystopie révolutionnaire, enquête policière dans un univers de science-fiction et drame sociétal et politique, faites votre choix, ou bien, prenez le tout si vous y arrivez. Pour cela, La Dignité des ombres peut surprendre, la quatrième de couverture en révélant finalement peu sur l’intrigue du roman.

La cité-État de Nimrod ne survit que grâce à l’énergie du feu. Dans un monde qui est plongé dans l’obscurité la moitié de l’année, ce feu est vital afin de se protéger des goules à l’extérieur de la ville. Mais, on est en droit de s’interroger sur l’utilité aussi importante du feu quand Nimrod semble aussi avancée en terme de technologie entre lance-flammes, pistolets-lasso, réalité virtuelle, drones, salle des fantasmes à réalité augmentée, etc… Ces avancées technologiques et cette adoration assez archaïque produisent un mélange étrange que l’auteur use justement pour souligner ses divers propos au fil du roman. Hormis ce point précis, l’univers sf est maîtrisé de bout en bout. On perçoit le goût du détail de l’écrivain qui apporte autant d’éléments qu’il le peut afin d’alimenter les rouages du mécanisme de sa ville.

Cette dernière est principalement caractérisée par son système de caste extrêmement codifié : les Lumineux sont en charge du Feu, les Chantre s’occupent du système éducatif, les Porte-Lumière gèrent la sécurité et l’administration, et les Lumineux englobent le reste de la société, hormis les Ombres qui eux ont l’interdiction d’interagir dans la vie civique de Nimrod et de se mélanger aux autres castes. Cham, lui, est un des Porte-Lumière qui est chargé de protéger la population. Mais dans une ville pacifiée depuis des générations qui engourdit peu à peu les esprit, les Porte-Lumière n’ont que peu d’occasion de faire preuve de leur courage et de leurs techniques de combat.

C’est alors que des Torches, utilisées pour éclairer la ville pendant la longue période d’obscurité totale, disparaissent. Désigné pour élucider cette affaire de vols, Cham va également devoir mener l’enquête à propos de deux jeunes adultes révolutionnaires disparus depuis peu. L’enquête prend alors place dans une atmosphère vrombissante dans laquelle les esprits s’échauffent et appellent à des modifications radicales de la politique de Nimrod. Les voix jusqu’à alors silencieuses s’élèvent afin de crier leur mécontentement et leur désir d’égalité. Matthieu Niango maîtrise très bien ces sujets qu’il a pu déjà explorer dans ces essais à propos de la politique démocratique française.

Ce qui pêche, seulement moi, est l’écart entre cette éloquence concernant l’univers politique et sociétal de son roman et le manque d’approfondissement et de chaleur autour des personnages. L’auteur met un temps fou pour vraiment caractériser son héros dont on ne sait pratiquement rien avant les cent premières pages. La plume reste très amorphe au sujet des protagonistes et produit un ensemble plutôt froid et sans émotion. Certains personnages sont intégrés à l’histoire à partir de longs dialogues politiques ou philosophiques, ce qui n’aide pas forcément à s’intéresser à eux et à leur propos. Malgré ça, le tout tient bien la route grâce au style travaillé de l’auteur. Un autre niveau de lecture est également disponible au vu des noms des personnages et de la ville qui renvoie à la mythologie grecque et surtout, à l’histoire biblique. Merci à NetGalley et aux éditions Julliard pour cette lecture.

– On a l’impression que la vie quitte certains de leur vivant même, qu’elle ne les juge finalement pas dignes d’elle. Il y a des gens comme ça, prometteurs. Le temps passe. Ils n’exploitent pas les forces dont la nature les a pourvus. Leurs dons s’en vont et ils s’étiolent. Mais ça peut revenir. Comme pour les bons souvenirs. On croit les avoir perdus. Et puis on améliore quelque chose de son existence. Alors ils reparaissent, cessant de nous juger indignes d’eux.

L’auteur maitrise totalement son univers dystopique dont il explore la politique, la vie civique et traditionnelle. Le roman peut avoir plusieurs niveaux de lecture entre enquête, intrigue sf, et révolution politique. Manque que les personnages pâtissent de cette mise en avant de l’univers, il est difficile de les connaître vraiment.

Sortie : avril 2021
256 pages

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