Note : 4 sur 5.

Alors que Bangkok laisse libre court au trafic sexuel, un tueur en série commence à sévir dans ce milieu dépravé et déshumanisé. La population s’interroge : un fou à emprisonner ou un justicier à applaudir ? De son côté, la police fait tout pour attraper le Dragon.

« Apichatpong Khomsiri ? Je suis allé dans la jungle et je l’ai tué. »

Depuis 2016, la maison Le Bélial’ a créé sa collection Une Heure lumière dans laquelle elle publie des roman courts de science-fiction et de fantastique. Mon premier pas dans cette collection a été fait avec Le Regard de Ken Liu et je me suis dit qu’il serait intéressant de la découvrir davantage. Et autant commencer par le commencement avec le premier texte de la collection par Thomas Day, un auteur français, avec sa novella Dragon.

Dès les premières pages, il est clair que cette histoire va nous remuer. C’est un véritable plongeon dans la crasse âcre et la violence de ce Bangkok quelque peu futuriste, dans lequel le tourisme sexuel bât son plein avec notamment tout son stock d’enfants à martyriser et à violer. Les autorités peinent à gérer ce problème, menacées soit par les gangs aux méthodes radicales, soit bridées par le gouvernement qui ne sait comment réduire la criminalité propre au trafic sexuel tout en gardant le contrôle du pays et le monopole touristique. C’est alors qu’un tueur en série se fait connaître, laissant sa marque sur chacune de ses victimes. Mais, ces dernières le sont-elles vraiment ? Toutes étaient soit les bourreaux qui retenaient en otage des enfants prostitués soit des clients de ce commerce ignoble.

Surnommé le Dragon, le tueur inflige des douleurs inimaginables aux fléaux de cette société thaïlandaise et libère les enfants esclaves. Légitimé pour son combat mais craint pour ses méthodes par la population, le Dragon devient vite le sujet numéro un du pays. La police se doit alors de tout mettre en œuvre pour arrêter cette boucherie qui, entre autres, fait de la mauvaise publicité au niveau international. Le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, de la police touristique de Bangkok, est choisi pour traquer le meurtrier. Habitué au monde de la nuit et aux établissements où il faut payer pour toucher, Tann pourrait bien remonter rapidement la piste du Dragon. Qui est réellement cet homme ? Et que cherche-t-il à accomplir ?

Thomas Day réussit à créer toute une atmosphère repoussante au sujet des bas-fonds de Bangkok. C’est sale, sordide, brutal, révoltant. La vérité nous est envoyée en pleine face et tant pis si nous ne sommes pas prêts à la recevoir. Cette facette de la Thaïlande est particulièrement bien travaillée et intéressante à découvrir malgré des scènes parfois insoutenables au sujet d’enfants. Cette revendication autour de la prostitution pédophile est bien traitée, on ne peut pas se cacher les yeux. Pour ce qui est de celle du dérèglement climatique promise elle aussi dans le résumé du livre, elle est bien moins présente, en tout cas, ce n’est pas ce que l’on retient. On est bien plus concentré sur cette prostitution non-consentie et sur la construction narrative bien particulière. En effet, les chapitres sont totalement mélangés tout au long du livre, cela nous amène à être d’autant plus attentif à chaque détail pour bien s’y retrouver.

Le problème que j’ai eu avec ce court roman est le style de l’auteur auquel je n’ai pas accroché. Je l’ai trouvé trop simple, didactique : « Tann essaye de savoir comment il va dire à Pearl qu’il a décidé de la quitter quand son téléphone se met à vibrer. Le numéro est celui de son supérieur direct : le capitaine Keng Sawadikkul, avec lequel il entretient d’excellents rapports. Il décroche et marche jusqu’aux toilettes » Ce n’est pas forcément le meilleur exemple mais j’ai eu l’impression que l’auteur m’expliquait des choses sans me les faire ressentir, sauf quand il s’agit du contexte sexuel et de la ville de Bangkok. Les personnages m’ont paru froids, creux et rien ne me reliait à eux. La fin prend une tournure fantastique qu’on peut voir arriver même si elle est loin d’être décevante.

Le fric vient du trafic, et si y a des vagues le trafic plonge, alors y a pas de vague. Le fric circule comme le sang d’un athlète, vite, il irrigue toute la société. Bangkok court le cent mètres trois cents fois par jour ; c’est une ville essoufflée, plus aigre que douce, trempée de transpiration, mais avec un cœur de bœuf, une pompe solide.

Cette enquête à Bangkok est aussi intéressante que révoltante au vu de son thème : le trafic sexuel, notamment la prostitution pédophile. Cette chasse à l’homme entre ce policier et ce tueur en série donne à réfléchir sur les travers de l’être humain. La construction du roman est intéressante mais, j’ai eu du mal à accrocher au style de l’auteur.

Sortie : janvier 2016
152 pages

4 commentaires sur « Dragon, Thomas Day »

  1. J’adore les couvertures de cette collection même si je sais qu’elle n’est pas faite pour moi 😉
    Dommage pour le style qui ne t’a pas convaincu mais content que ce roman t’ait quand même fait assez bonne impression.

    Aimé par 1 personne

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