Note : 4.5 sur 5.

Rêvant d’une vie de riche propriétaire, Yves Dindonneau élabore une arnaque à l’assurance-vie avec sa compagne et un complice. Mais élaborer le plan parfait ne vient pas sans quelques difficultés et sans prises de risques.

Paris, crachin d’automne et feuilles mortes perdues sur les trottoirs. Une foule bigarrée s’engouffre dans le métro, une autre s’en extrait, la mine déconfite. Dans un concert de klaxons, les automobiles avancent au ralenti, prisonnières des heures de pointe et des travaux qui accablent la capitale. Sur le boulevard de Magenta, les « filles » guettent le premier client de la journée en agitant leur petit sac complètement kitsch.

Très agréablement surprise en août dernier par L’Arche de mésalliance écrit par Marin de Viry, je me suis tournée à nouveau vers les éditions du Rocher que je remercie et qui m’avaient fait une très bonne impression. Et, maintenant que j’ai lu le nouveau roman d’Enguerrand Guépy, je suis sûre de revenir vers cette maison d’édition. Ce qui est sûr, c’est que cette dernière choisit avec grand soin les auteurs qu’elle publie. Que ce soit Marin de Viry ou Enguerrand Guépy, le style est extrêmement soigné, lettré et efficace. Ceci n’est pas mon corps raconte un faits divers français avec beaucoup de justesse et de maîtrise tout en ne se refusant pas un ton pince-sans-rire sympathique.

L’histoire est celle d’Yves Dindonneau, employé de bureau, qui va élaborer tout un stratagème pour arnaquer ses polices d’assurance-vie. Aidé de sa compagne et d’un complice, il s’inspire de son nouveau livre fétiche, Assurance sur la mort, pour mettre au point son plan criminel. Réécrit selon la véritable affaire montpelliéraine de 1987, Yves Dandonneau devient dans Ceci n’est pas mon corps Yves Dindonneau, une manière pour Enguerrand Guépy de s’amuser encore davantage en racontant ce faits divers sordide. L’écrivain nous montre bien toute la bassesse morale de ces personnages qui pensent pouvoir tromper la loi. Avec un dessein surréaliste, Dindonneau concocte son plan aussi facilement et naturellement que s’il voulait monter une boîte. 

Crouard, penaud, subissait les reproches du guide suprême. Éternel petit garçon devant son père putatif, il refoulait les pensées contestataires qui l’exhortaient à prendre ses jambes à son cou et arborait un factice sourire d’aménité qui contrastait avec la raideur de son mentor.

Beau parleur, il embobine facilement les personnes influençables telles que Céline, sa compagne, et Crouard, un infirmier rêvant d’un changement radical de vie. Le pactole au bout du chemin les pousse à se rapprocher de plus en plus près de la frontière entre le bien et le mal et bientôt, il est trop tard pour faire machine arrière. Dindonneau et Crouard au centre de l’histoire, il est intéressant de suivre la dynamique entre les deux personnages, le rapport de force étant très inégal. Il est même étonnant de voir que les rôles peuvent en quelques secondes s’inverser, même pour un temps minime. L’auteur prend le temps de faire parler ses personnages et de leur faire ressentir ce qu’ils ont à ressentir. Leurs doutes, leurs peurs, leurs désirs, leurs incertitudes, tout nous est présenté, il est donc facile de les voir comme des personnes à part entière et de comprendre leur intention tout en ne les justifiant pas. 

Leur recherche du parfait pigeon est particulièrement détestable, surtout quand le pigeon en question nous délivre ce qui se cache dans sa tête. Ce SDF désabusé et solitaire nous offre quelques moments humains et philosophiques qui apportent le parfait contrepied face aux trois autres personnages dictés par leurs intentions malhonnêtes. La fin est plus calme, la tension accumulée tout au long du livre s’évaporant naturellement après le fameux point culminant. Le fait de suivre dorénavant qu’un point de vue montre bien qu’on arrive à la conclusion de toute cette histoire. Voir ce que Dindonneau fait après son coup de “génie” n’est pas très reluisant, le personnage n’étant finalement pas aussi ingénu et altruiste qu’il veut le faire croire. Je serais très curieuse de lire un autre roman de l’auteur, son style d’écriture est à découvrir.

Il nous faudrait un corps qui n’a plus d’identité sociale, un corps dont tout le monde se fout.

Avec un ton caustique, l’auteur raconte le fait divers de manière très intéressante, en prenant en compte tous les maillons liés à cette escroquerie. Le style est impeccable, très soigné, et amène même à quelques moments plus introspectifs et profonds.

Sortie : mars 2021
200 pages

2 commentaires sur « Ceci n’est pas mon corps, Enguerrand Guépy »

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