Note : 4.5 sur 5.

Remonter le temps pour sauver l’innocence de son petit frère : voilà le souhait d’une jeune fille persévérante et optimiste qui combat à sa manière un foyer violent et dysfonctionnel.

À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.

En commençant cette lecture audio, je ne m’attendais pas être aussi émue par cette jeune fille pleine d’espoir et de courage qu’est notre jeune narratrice. Celle-ci vit dans un foyer toxique avec un père autoritaire et violent, une mère totalement effacée et un petit frère sensible et influençable. Néanmoins, elle réussit à se raccrocher à ce qu’il y a à l’extérieur des murs de sa maison mais également à ce qu’elle possède déjà en elle pour s’évader et vivre une vie un tant soit peu normale et faite de bonheurs simples. Le plus important pour elle est d’aider son petit frère Gilles à grandir avec tout l’amour et la douceur qu’il mérite.

Malheureusement, tous les deux vont être témoins d’un accident qui va traumatiser le petit Gilles. Et au fil des ans, le patriarche possède de plus en plus d’emprise sur son fils et l’éduque à sa manière en lui faisant comprendre que les hommes doivent être des chasseurs et les femmes des proies. Dès le changement de comportement de son frère, tout ce que souhaite la narratrice de onze ans est de retourner dans le temps et de protéger au mieux Gilles. Portée par son courage, son abnégation, son optimisme, ses rêves, son affection sans limite pour Gilles et sa persévérance, la jeune fille est prête à tout, et même à construire une machine à remonter le temps.

Les têtards, vous savez, il y a des gens qu’il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s’asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous.

Adeline Dieudonné se met à la place de son héroïne, nous donnant parfaitement l’impression de voir cette histoire à travers les yeux d’une fille évoluant de ses onze à seize ans. Elle a une manière bien à elle de voir le monde, de ressentir les choses et surtout de se mettre en retrait par rapport aux événements qui surviennent dans son foyer. Cette famille dysfonctionnelle montre rapidement les maux qu’elle entretient à cause d’un père et époux qui prend plaisir à prendre le dessus sur ses proches et à affirmer sa masculinité toxique et détraquée.

La mère, elle, est invisible tellement elle subit en silence sans vraiment être présente pour ses enfants quand il s’agit de leur donner de l’amour et de l’attention. Et c’est bien pour cela que la relation entre la narratrice et son frère Gilles est aussi importante et belle au début de cette histoire. Le lien entre les deux est tellement tendre qu’il est déchirant de voir comment il se délite peu à peu à cause de certains événements malencontreux. Mais, cette force de la nature qu’est la jeune fille ne se laisse pas abattre et garde toujours espoir en un avenir plus beau, plus doux.

Si les thématiques sont bien explorées, l’autrice peut parfois en faire trop en restant toujours dans le vif du sujet, dans le poignant, dans l’inconfort pour nous lecteurs. Nous n’avons finalement que peu de choses auxquelles nous raccrocher pour croire en un futur un tant soit peu positif pour les jeunes personnages. Cette sensation de surenchère se ressent tout particulièrement avec l’histoire concernant l’un des voisins de la famille. Ces quelques moments, notamment le dernier, n’étaient pas nécessaires, à part pour rajouter une touche sordide à toute cette histoire assez dramatique comme ça.

Je ne savais pas s’il existait des vies réussies, ni ce que ça pouvait signifier. Mais je savais qu’une vie sans rire, sans choix et sans amour était une vie gâchée.

L’héroïne de ce drame familial est incroyable d’optimisme, de courage et de tendresse. On s’attache immédiatement à elle et on compatit face à cette enfance troublée entre un père enragé, une mère totalement effacée et un petit frère traumatisé.

Sortie : août 2018
4h29 / 213 pages

18 commentaires sur « La Vraie Vie, Adeline Dieudonné »

  1. je garde un bon souvenir de cette lecture et dans tous les sens du terme, car l’histoire est encore bien présente dans ma tête,ce qui n’est pas toujours le cas au bout de quelques mois 🙂

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