Note : 4.5 sur 5.

L’alliance improbable entre la cheffe d’un clan de parias et un prince rebelle, unis contre une reine impitoyable ! Fie fait partie des Corbeaux, la dernière des castes de Sabor. Les intouchables. Avec son clan, elle écume les routes, prenant en charge les pestiférés pour les brûler. En tant que sorcière, elle dirigera un jour son clan et sera responsable de la survie des siens. Son destin semble tout tracé. Jusqu’au jour où, lors d’une mission, elle aide le prince de Sabor à s’évader du palais pour le soustraire à une énième tentative d’assassinat. Fie négocie alors avec lui un pacte sacré : si elle conduit le prince en lieu sûr, il promet, une fois roi, de protéger les Corbeaux. Mais il faudra pour cela déjouer bien des pièges et des trahisons…

Cette pensée tournoya dans sa tête comme la dent dans sa main. Ce n’était pas qu’elle voulait détruire le monde, non. Elle voulait simplement que le monde sache qu’elle en était capable.

Petit nouveau sorti en mars dans le rayon fantasy jeunesse, le premier tome de Merciful crows a de quoi intriguer entre son titre – celui de la saga que l’on peut traduire en Corbeaux miséricordieux ou celui de ce tome, La Voleuse d’os -, et son système de type pyramidale en fonction des pouvoirs héréditaires reçus à la naissance qui choisissent pour les habitants de Sabor leur fonction et statut au sein du royaume. Avec le don du feu, les Phénix, membres de la royauté, sont les êtres au plus haut rang de cette société. Douze castes surnommées chacune par un nom d’oiseau qui renvoie immédiatement à son rang.

Fie, elle, comme le reste de ses pairs, aurait aimer recevoir des dieux un meilleur cadeau que celui d’être un Corbeau. Le plus bas maillon de la chaîne, celui qui est conspué, maltraité, moqué mais celui dont on a viscéralement besoin. Le Corbeau est le seul de ces douze castes à ne pas avoir reçu de pouvoir de naissance. Comme puni, il peut tout de même utiliser les dents des autres castes pour en puiser leur magie. Une voleuse d’os, une paria, Fie est habituée au dégoût de ces habitants lorsqu’elle croise leurs regards sur la route.

Car le Corbeau est nomade, mobile, afin de répondre présent dans les villages touchés par une maladie qu’il est le seul à pouvoir faire disparaître pour un temps : la peste. Fie fait donc partie du clan des Corbeaux de la charité dirigée par Pa, son père adoptif et mentor qui lui inculque les savoirs d’un chef pour qu’un jour, grâce à son rang de Corbeau sorcière, elle puisse diriger son propre clan. Encore apprentie, Fie sait déjà montrer son autorité naturelle et ne manque pas les opportunités de faire montre de sa hargne et de son intelligence pour obtenir le mieux pour elle et les siens.

Alors, lorsque son clan est complice de la fuite du prince et de son garde du palais, Fie voit en cette opportunité un avenir plus clément. Si les Corbeaux aident le jeune Phénix et son garde Aigle à rejoindre des alliés, la route sera alors plus sûre pour les Corbeaux traqués de tous côtés par les Lauriers-Roses, chassant de nuit et tuant tout corbeau qui leur tombe sous la main. Un serment est alors scellé.

Cela fait beaucoup d’informations et il peut être difficile de toutes les assimiler au départ. Margaret Owen nous lance directement dans son univers en nous laissant peu de répit afin de bien comprendre tous les enjeux de ces castes mises en avant. Finalement, nos personnages fuient tous quelque chose. Les Corbeaux, les Lauriers-Roses ; le prince Jasimir et son ami Tavin, les limiers de la reine Rhusana. Deuxième épouse du roi de Sabor, elle a réussi à enfanter son héritier, il serait alors judicieux pour elle de faire disparaître ceux en travers de son chemin.

Comme Jasimir, héritier direct, qui est depuis peu la victime de plusieurs accidents très élaborés au palais. Pour éviter le pire pour le royaume, il faut donc au prince maquiller sa mort et rejoindre sa tante de l’autre côté du royaume avant l’assassinat de son père et le sacre ultime de sa belle-mère. Les enjeux sont alors de taille pour le Phénix et la Corbeau menant de front un combat parallèle qui se rejoindra bien assez rapidement. Travestis en Corbeaux, Jasimir et Tavin découvrent lors de ce périple la vie de cette caste, leurs coutumes, leur passivité face à la colère des autres, leur modeste ambition au vu du mépris de ceux qui daignent leur faire une offrande en rétribution de leur travail dans les divers villages sur leur route.

– J’avais une préceptrice, dit-il enfin. Une spécialiste de l’éthique du pouvoir : que fallait-il que je prenne en compte afin de parvenir à une bonne décision pour le royaume. […] Elle m’a dit exactement la même chose que vous. Que les gens me rémunèrent, par leur loyauté, leur sang, leur argent, et comme ils sont assez nombreux pour le faire, je les rembourse en m’assurant qu’ils aient une vie meilleure. Mais… elle n’a jamais parlé des Corbeaux. Elle ne m’a jamais expliqué que le pays s’écroulerait sans vous. Et que les autres castes s’en prennent quand même à vous.

Entre Fie, Tavin et Jasimir, trois jeunes gens de castes différentes, les masques tombent et les préjugés s’émoussent peu à peu, d’un côté comme de l’autre. S’il est d’abord difficile de vivre sereinement ensemble, les dangers de ce long périple va leur offrir plus d’une surprise et leçon. La dynamique entre le trio principal fonctionne extrêmement bien, chacun faisant voler peu à peu l’image de sa caste respective.

Fie, l’héroïne, est particulièrement étonnante par son répondant, son ingéniosité, sa force mentale et sa rancœur qu’elle ne cache pas et qui peut parfois prendre le pas sur le reste. Une héroïne combattive avec de la jugeote et qui connait le sens du sacrifice lorsqu’il s’agit des siens et du serment qu’elle a juré de tenir jusqu’à sa mort. L’intrigue se déroule sans accrocs scénaristiques sans qu’elle ne soit toujours des plus surprenantes mais elle reste logique et prenante tout au long du roman. On s’attache à ces personnages qui prennent le temps de se découvrir et de se dévoiler lors de cette longue route. La magie de cet univers évolue d’une manière intelligente et ordonnée, tout en étant plus libre lorsqu’il s’agit de Corbeaux qui peuvent utiliser les pouvoirs de tous leurs comparses.

L’auteure porte haut son message de tolérance et de désir d’égalité jusqu’au bout de son histoire, mettant particulièrement en avant les difficultés et les conditions de vie des plus démunis qui pourtant ne se plaignent jamais ouvertement et qui s’évertuent à aider ceux qui en ont besoin sans recevoir eux-mêmes la récompense qui leur ait dû.

Avec un souffle de justice sociale, La Voleuse d’os nous mène vers une aventure effrénée pendant laquelle il est plus sûr d’avoir une cachette à portée de main pour ne pas se faire prendre par les Vautours, limiers de la reine finement entraînés à la traque, ou par d’autres créatures tout aussi belliqueuses. Tenue en haleine pendant ces quatre cent cinquante pages, j’ai peu de choses à redire de ce premier tome très prometteur par l’organisation de son univers entre castes et magie et par ces personnages principaux loin d’être lisses et sans reproches.

Je noterai tout de même une difficulté personnelle à certains moments pour visualiser des moments spécifiques, principalement lors des scènes d’actions. J’avais du mal à m’imaginer parfaitement la manière avec laquelle les protagonistes réagissaient avec leur environnement. Hormis ce détail, Merciful crows a été une très bonne surprise et j’ai bien envie de suivre à nouveau les Corbeaux de la charité dans leur prochaine aventure qui sera, à mon avis, toute aussi mouvementée qu’ici, voire davantage.

Pitié.
À la fin, il la réclamaient tous. Ils voulaient pourchasser des Corbeaux, les découper en petits morceaux, mais face au jugement de l’Alliance, ils voulaient que les Corbeaux leur accordent une mort plus rapide et plus propre.

Avec de forts caractères et une très bonne dynamique, le trio parcourt le royaume de Sabor en nous révélant les failles de ce système monarchique où les plus démunis, tout en étant les plus utiles à la survie de tous, restent les parias idéaux face aux beautés et apparentes réussites de ce système de castes maîtrisé et extrêmement hiérarchisé. La lutte pour le changement et l’égalité commence dans ce premier tome où les castes à l’extrême opposée se confrontent et se découvrent.

9 commentaires sur « Merciful crows : La Voleuse d’os tome 1, Margaret Owen »

    1. Merci à toi pour ton commentaire, j’avais peur de ne pas réussir à bien retranscrire ce que j’ai pensé de ce livre. Il est bien plus riche que ce que je ne le pensais au départ malgré une intrigue qui n’est pas des plus originales.

      Aimé par 1 personne

    1. La couverture m’a tout de suite sauté aux yeux et quand j’ai lu le résumé, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion de le lire. Et je ne suis pas déçue, l’histoire est vraiment bien construite avec un univers maîtrisé et riche.

      Aimé par 1 personne

    1. Je n’ai pas tellement eu l’impression de lire une histoire déjà vu, ça m’a paru assez originale dans son fonctionnement (avec pas seulement deux camps, les riches et les pauvres, mais toute une hiérarchisation autour de 12 groupes) avec de la magie qui est bien exploitée.

      Aimé par 1 personne

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