Note : 4.5 sur 5.

En effervescence à chacun de ses nouveaux romans depuis La Fille d’avant, La Femme parfaite était l’occasion de se rendre compte si JP Delaney méritait réellement sa popularité. Mettant à nouveau en avant la femme par ce procédé futuriste et ingénieux afin de raconter également le deuil et le progrès technologique, l’auteur signe un troisième thriller à la hauteur.

Tu essaies d’imaginer ce qu’il a enduré, ce qu’ont été ces cinq dernières années. Et tu t’aperçois qu’en un sens tu as eu le beau rôle. Tu es simplement morte. C’est lui qui a souffert.

On peut dire que j’attendais JP Delaney au tournant. Après mon coup de cœur pour La Fille de l’avant puis de Mensonge qui n’est pas loin derrière, j’avais peur d’être cette fois-ci déçue. Et si l’un des sujets principaux de La Femme parfaite n’est pas totalement ma came, j’ai encore passé un très bon moment entre secrets, faux-semblants et réflexions sur l’être humain et ce qui fait ses différences.

Lorsqu’Abbie se réveille dans une chambre d’hôpital, elle se sent quelque peu différente sans savoir d’où vient ce sentiment étrange. Dès ses retrouvailles avec son mari Tim, celui-ci ne lui cache en rien la vérité. Abby est morte il y a cinq ans pendant une virée nocturne de surf. Fondateur d’une start-up ambitieuse de la Silicon Valley, Tim, éploré par la perte de son âme-sœur, a réussi à créer un robot humanoïde grâce au téléchargement des souvenirs d’Abby et de sa vie sur les réseaux sociaux. Abby n’est plus réellement Abby même si pour elle, elle est une véritable personne. Elle aime Tim et leur fils Danny de tout son cœur.

Sa vie avait tout pour plaire entre son couple certes atypique mais heureux, et leur vie aisée. Alors, pourquoi Abby, de retour à la maison, se rend peu à peu compte que l’ancienne Abby, la vraie Abby, cachait des choses à son mari ? Simple précaution ou réel besoin d’avoir une part d’intimité dans cette vie où tout est scruté à la loupe ? Dans ce nouveau thriller dans lequel on suit un robot se prenant pour une femme, JP Delaney réussit une nouvelle fois à insinuer le doute et à nous intriguer au plus profond de nous-même. À mesure où nous découvrons la véritable Abby d’un œil extérieur, il est clair que sa vie était loin d’être parfaite et qu’elle, en tant que femme et être humain, était peut-être trop idéalisée.

Seul un homme égaré par le chagrin peut penser que la société souhaite aller dans cette direction. En quoi cela rend-il le monde plus productif ? Qu’est-ce que ça change ? Rien. Cela ne sert qu’à fossiliser le passé. Les gens meurent, c’est tragique, en effet, mais il y a d’autres personnes à aimer, et la vie continue.

Tentant de se faire à cette vie qui, en cinq ans, a connu quelques changements, Abby veut reprendre son destin en main. Et pour cela, il lui faudrait avoir toutes les cartes dans son jeu. La véritable Abby s’est-elle réellement noyée îou l’a-t-on aidé à définitivement disparaitre ? Sa création nait-elle véritablement que du simple espoir de Tim de retrouver une part de sa femme ? Ne possédant plus ses droits d’être humain, que pourrait-on lui faire pour la faire taire ou l’utiliser ? Si La Femme parfaite met du temps à se lancer, c’est pour se familiariser totalement à cette chose, cet apparat de femme, qui, même construite à partir de circuits et de données numériques, ressent ses propres émotions. Et de page en page, peut-être se révèlera-telle la plus humaine de tous, en fin de compte.

Baladé de bout en bout par l’auteur, on prend plaisir à découvrir la vérité mais également à s’interroger sur notre perception de ce supposé futur dans lequel il serait possible d’apaiser le deuil par cet effet placebo. Quelle pourrait être la place de ces robots dans notre société ? On pourrait se croire plongé dans un épisode de Black mirror sur fond de thriller.

Et au second plan, il y a aussi Danny, le fils autiste d’Abby et de Tim. Encore si jeune et incapable de vraiment communiquer avec les autres. Porteur d’une maladie infantile rare, les moyens d’accompagner Danny dans sa vie d’enfant sont parfois incertains. Mais comment savoir quels sont les meilleurs soins à lui apporter afin qu’il se sente un jour heureux et à sa place ? Par ce pan de l’histoire, l’auteur nous ouvre légèrement la porte de sa vie personnelle, lui qui connait bien le sujet par son expérience avec son fils autiste et nous offre une authenticité plus grande et émouvante.

Si le sujet plus futuriste de ce nouveau roman m’a moins fait vibrer en comparaison avec les deux précédents romans de l’auteur, La Femme parfaite révèle sa propre humanité et une tension certaine qui plaira aux passionnés de thrillers. Et comme à son habitude, JP Delaney aime faire des clins d’œil à la France dans ses livres. Ici, il sera question de Marseille, ça aura eu le mérite de me faire sourire au moins une fois pendant cette lecture trépidante. Merci à NetGalley et à la maison Mazarine pour ce livre.

Le véritable critère pour évaluer l’humanité d’une personne, songes-tu, c’est peut-être son attitude vis-à-vis des êtres comme Danny. Cherchera-t-elle aveuglément à les « réparer » pour qu’ils ressemblent aux autres, ou bien acceptera-t-elle leur différence pour faire en sorte que le monde s’y adapte ?

Un thriller psychologique saisissant qui se mêle à de la science-fiction. Il est passionnant de voir les différents sentiments autour de la technologie qui devient de plus en plus poussée jusqu’à peut-être imiter l’être humain. L’histoire de ce couple est complexe et truffée de non-dits et de manipulation, l’auteur maîtrise de bout en bout son roman.

Sortie française : octobre 2020
Sortie originale : août 2019

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