Note : 4 sur 5.

Commençant au mauvais endroit au mauvais moment, la vie d’Anna-Marie ne va être qu’une succession de malchances, entre bonheurs vifs et détresse constante. Cohabitant avec sa folie, la jeune femme nous dévoile sa vie de marginale à la recherche de repères.

Aux grands hommes la patrie reconnaissante.
Cette phrase résonne dans sa tête et lui fait froid dans le dos. Cette phrase la regarde de haut, se moque d’elle et l’assomme de sa solennité. Cette phrase la toise, la juge. La femme, elle, est petite et ne se sent pas à l’aise.

Anna-Marie n’a eu aucune chance dès sa naissance. Avec un père qui se suicide six mois avant le début de sa vie et une mère qui, depuis, est catatonique, le nouveau-né ne peut compter que sur Moni, la voisine âgée de sa mère qui voit en ce bébé une bénédiction. Veuve et sans enfant, Moni décide de se débarrasser comme elle le peut d’Élise, cette jeune mère qui ne peut plus s’occuper d’elle-même, encore moins d’un enfant, et de cacher sous son toit Anna-Marie. Pendant dix ans, l’enfant ne connaîtra rien du dehors, vivant avec sa maman de substitution et son chien. Mais une seule visite à sa mère aura réussi à traumatiser Anna-Marie à vie.

Tiraillée par ses démons intérieurs, la fille agit cruellement, elle qui a toujours été privée de ses droits et de ses libertés. Et quand la fuite reste la seule option, elle n’hésite pas à vivre en solitaire, elle qui n’est connue et aimée de personne, dont l’État français n’a même pas de données. Nous suivons donc le périple semé d’embûches qu’est l’existence de cette petite fille. Devenant bientôt une femme, elle a toujours autant de mal à trouver le bonheur, état qu’elle n’a finalement jamais réellement ressenti lors de sa courte vie. Une rencontre avec un artiste de rue va lui donner l’illusion que la chance a tourné. Mais finalement, Anna-Marie n’a d’autre choix que d’être et de rester une marginale.

Je suis coupable d’être née.

Solène Bakowski, dont la plume est directe, incisive et sans fioritures, nous plonge dans ce drame d’une existence qui, dès son commencement, n’a connu que la déception. Les plaisirs simples sont alors les plus savoureux alors que la jalousie, l’envie et la haine s’invitent insidieusement pour produire un résultat des plus inhumains. Anna-Marie, par son éducation, ses traumatismes d’enfance et sa folie naturelle, devient un être étrange, effrayant, parfois piteux, toujours persévérant. L’envie de lui tendre la main est aussi tentante que celle de l’enfermer pour cesser ce cercle vicieux dans lequel elle rend coup pour coup. Car, avec Anna-Marie, la vengeance est un plat qui se mange froid, voire glacial.

Un sac est un drame sur la misère sociale d’une jeune femme contemporaine, obligée de se donner aux mauvaises personnes pour avancer. Mais elle n’est pas toujours à plaindre, il lui arrivera souvent de se laisser porter par ses pulsions et de faire les mauvais choix. En commençant ce court livre, il ne faut pas s’attendre à beaucoup d’espoir, il y en a peu et s’il y en a, il est à imaginer car l’auteure ne fait de cadeau ni à ses personnages ni à ses lecteurs. Témoin d’une jeunesse marginale, on voit ce que l’on cherche généralement à ne pas voir dans notre réalité : la pauvreté, le malheur, la saleté, etc…

Heureusement que le roman n’est pas plus long, ça serait trop, trop de malheurs, trop de folie, trop d’immoralité. Solène Bakowski a bien géré son histoire sans en faire trop et en créant un être entier, aux multiples facettes, que l’on dénonce pour ses méfaits tout en voulant qu’il trouve enfin la paix. On comprend bien avant la fin le contenu du fameux sac mais c’est loin d’être le plus important. L’important, c’est Anna-Marie et ce qu’elle est prête à faire pour un peu de reconnaissance et de chaleur humaine.

Comment est-il possible de passer si rapidement de l’amour qui nous fait tout donner à la haine qui nous fait ne rien lâcher ?

Je ne m’attendais pas à un récit aussi sombre et parfois glauque mais l’écriture de Solène Bakowski est excellente pour ce genre. L’histoire de la misère humaine d’une jeune fille qui, dès sa naissance, était vouée à être oubliée de tous et à être malheureuse. La folie et la détresse se rencontrent pour créer un mélange malsain et destructeur, pour Anna-Marie et surtout pour les gens qui croisent son chemin.

Sortie : 2013
302 pages

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Avec elle (2017)

2 commentaires sur « Un sac, Solène Bakowski »

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