Note : 4.5 sur 5.

Le duché de Nebleim connaît des heures sombres. Tandis qu’épidémies et catastrophes naturelles se succèdent, les prémices d’une guerre avec la principauté d’Histrionie se dessinent. Malgré cette situation difficile, la duchesse Ermessende espère la lumière. Les Parfaits affirment que la Terre, cette création du Diable, vacille sous les assauts de la foi véritable et que l’apocalypse viendra bientôt délivrer les âmes de leurs tourments. Dans ce monde au bord du précipice, Ermessende de Nebleim et ses vassaux se préparent à livrer bataille, tandis que dans les villes et les campagnes, chacun tente de surmonter les épreuves… jusqu’au jugement dernier.

En admirant chaque jour le coucher du soleil, je me dis que la poussière d’ange n’est pas seulement dans les âmes humaines, poursuivit Ermessende comme pour elle-même. Elle réside aussi dans les teintes cramoisies que peut prendre le crépuscule… et dans cette lumière argentée qui baigne la nuit, dit-elle en regardant l’eau qui scintillait dans la fontaine. Je crois que chaque parcelle de cette terre a besoin d’un ange déchu pour exister. Et je vois plus de beauté au creux des feuilles qui s’agitent dans le vent que dans le coeur de ces petits hommes avides. Je crois que toutes ces poussières seront libérées, et qu’elles reformeront un tou, là-haut dans le royaume céleste…

Depuis ma lecture de Gandhara écrit par Richard Canal il y a presque deux ans, je n’avais pas reporté mon attention sur Séma Éditions qui propose pourtant des récits en tout genre. J’ai accepté ce mois-ci en toute curiosité de découvrir ce roman fantasy et je remercie donc la maison d’édition pour ce partenariat. Céline Rosenheim, plus prolifique dans le genre fantastique avec ses trois précédents romans, prouve bien dans Consolament qu’il n’y a pas besoin d’étendre son univers en une saga infinie de tomes pour transporter ses lecteurs et offrir un récit détaillé, riche et passionnant.

Malgré l’empire étendu de Theobald IV, les territoires continuent de s’affronter, particulièrement celui entre Nebleim, tenu par la duchesse Ermessende, et la principauté d’Histrionie dirigée par Louis III. Outre un combat pour les terres, ce sont les divergences religieuses qui mettent à mal l’entente entre les deux dirigeants. Portée par la religion christérienne, la religion de son défunt mari minoritaire au sein du royaume, Ermessende croit en la piété et au renoncement de soi afin de s’élever à nouveau vers les cieux, comme auparavant lorsque les hommes et les femmes étaient encore des anges que Satan n’avait pas punis.

Cette foi dirigée vers l’abandon des plaisirs terrestres et de la chair inquiète Louis III et les autres ducs et dirigeants d’Histrionie alors que cette étrange religion prend de l’ampleur. Avec leur religion unique et majoritaire, ces derniers perdent peu à peu patience face à ce mouvement de foule tourné vers les Parfaits, guides religieux à Nebleim.

Vous avez raison, murailles et glaives nous offrent le bien le plus précieux : le temps. Le temps pour nos gens de se souvenir et de désirer le consolament.

Évidemment, le fait que le dûché de Nebleim soit maintenant dirigée par une femme depuis la mort de son mari n’aide pas les territoires alentour à faire confiance en ce nouveau fonctionnement. Heureusement, Ermessende a de l’énergie et de la sagesse à revendre, accompagnée par de bons conseillers et combattants. Alors que la foi prend de plus en plus de place dans la vie des personnages, ceux-ci démontrent leur force sur le champ de bataille comme lors de leurs débats à propos de ce monde semblant bien se détériorer et sur leur rôle à jouer dans cette guerre et dans ce possible au-delà.

Avec une narration très diversifiée, on a tôt fait de se perdre entre les différents protagonistes, notamment avec ceux que l’on suit une seule fois dans toute cette l’histoire. Mais, si vous aimez suivre différents points de vue, vous trouverez clairement votre compte. En mettant l’accent sur les plus hautes instances entre duchesse, seigneurs, hérault, servante royale, etc., Cécile Rosenheim n’en oublie pas les petites gens que l’on suit dans leur quotidien au fil des bouleversements politiques et des drames sociaux. À côté des luttes de pouvoir et de foi, de mystérieux événements s’abattent dans les villages autour du duché : agonie de la nature, épidémie, mortalité abondante de nouveaux-nés, etc… De quoi se satisfaire au niveau surnaturel au sein de ce roman fantasy maîtrisé !

Frédéric désigna du doigt les montagnes au-dessus desquelles s’amoncelaient les nuages noirs qui amenaient l’orage. Ermessende le suivit du regard et tous deux s’abîmèrent à nouveau dans le silence. Pourtant, la duchesse ressentait les mots qui tournoyaient dans son esprit. Et si nous n’avions que cela ? Je ne sais pas, je ne sais pas, se répétait-elle. Elle aurait voulu chasser cette idée comme l’on écarte un insecte bourdonnant d’un evers de la main. Et si nous n’avions que cela ?

Un roman fantasy qui nous plonge avec passion au sein de ce Moyen-Âge réaliste avec ses guerres de religion et de territoires couplé à des événements surnaturels inexplicables qui pourraient bien donner raison à ceux qui se préparent à la fin de ce monde.

De la même auteure

  • A l’encre de tes veines (2012)
  • Hiver noir (2014)
  • Diabolus in musica (2015)

8 commentaires sur « Consolament, Céline Rosenheim »

  1. Tout cela donne bien envie, la poésie de la plume, la couv’ magnifique! Mais j’ai pas bien compris, s’agit-il d’un opus dans une série ou bien l’autrice a-t-elle écrit d’autres romans se replaçant dans une saga?

    Aimé par 1 personne

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