Note : 4.5 sur 5.

En unifiant toutes les régions de la Contrée, le Karna s’est érigé en héros. Mais il est bientôt difficile de réfléchir comme un homme lorsque tous vous voient comme un dieu. Et il ne suffirait que d’un nouveau héros pour mettre à néant son règne de terreur. Lancelot Sablon nous propose avec Les Litanies de l’Unique un roman fantasy de qualité où chacun vit avec ses doutes, ses faiblesses et sa noirceur.

nous nous efforçons à suivre des préceptes vertueux, ou à accomplir des œuvres réclamées par une divinité malfaisante, mais la seule réelle forme de puissance est le vide qui nous attire inéluctablement à lui, l’unique élément de notre désespoir, seule issue possible à notre existence. Le pire est encore que ce vide est partout et nous le croisons sous toutes les formes de l’existence.

Après avoir quitté son petit village dans le sang et la mort, Ghaal n’aurait pu imaginer vivre une telle aventure, l’amenant à prendre la place d’un dieu mêlé aux hommes de la Contre-Unie. Fuyant le massacre de la totalité de son village, tuerie proclamée par des fanatiques de l’Unique, maître absolu de la Contrée-Unie, Ghaal ne pense qu’à quitter ce royaume.

Adoptant une nouvelle identité d’esclave à Fossey pendant quelques cycles, le jeune homme réussira à s’enfuir pour finalement embrasser sa destinée, celle d’ennemi suprême du dirigeant de ce vaste royaume, le Karna. Personnification de l’Unique qui a réussi à unifier les différents royaumes en un seul, il régit le peuple par la terreur et la violence pour que tous le suivent aveuglément, apeurés à l’idée de représailles ou de condamnation à mort.

Mais des individus dans l’ombre, les Hérétiques, refusent de se soumettre à cette entité dictatoriale. Et s’ils ne font pour le moment pas le poids face au Karna, leur cheffe, Méloria, voit en Ghaal, connu bientôt sous le nom de Drakhal’in, le Dieu-aux-Mille-Visages, leur nouvel emblème. Avec l’idée de tuer le Karna, Méloria compte bien utiliser Drakhal’in à des fins de vengeance. Si le jeune homme, écorché par les épreuves auxquelles il a du se soumettre, peine à s’imaginer comme le héros des Hérétiques, il comprend tout à fait la soif de vengeance de sa nouvelle amie.

Découvrant peu à peu ses aptitudes, notamment ce sombre pouvoir aux habilités incroyables, Drakhal’in se sent bientôt l’âme d’un guerrier qui ne renoncera devant rien afin de voir le Karna à terre. Lancelot Sablon ne manque nullement d’imagination, offrant autant d’action que de développement à ses personnages. Et l’auteur nous le montre dès le début de son récit, il ne compte pas faciliter la vie de ces protagonistes. Loin d’être un héros intouchable, Drakhal’in devra faire face à quelques revers importants au long de son aventure aux accents de quête identitaire.

On ne s’improvise pas héros. Parfois, on croit pouvoir l’être et, lorsqu’on se réveille le lendemain, la seule envie que l’on a est d’assassiner le souvenir de celui que l’on a essayé d’être. J’en suis au lendemain.

Au milieu des humains, elfes, nains, orques et autres créatures, Drakhal’in s’affirme, doute, combat, gagne et perd des batailles, et apprend de ses erreurs. Lui qui prend l’habitude de foncer tête baissée devra faire face aux conséquences souvent lourdes de ses actes. Heureusement, il pourra, pour un temps, faire confiance à ses nouveaux alliés qui possèdent chacun leurs propres aptitudes et desseins.

Ce premier tome des Litanies de l’Unique navigue entre brutalité des combats et introspection entre recherche de l’dentité, de ses forces et de ses croyances. La foi fanatique des uns se confronte à la recherche de liberté des autres. Sur un vaste territoire dans lequel la guerre entre peuples et terres est devenue interdite, la bonne conduite des habitants se mesure à leur foi religieuse en leur dirigeant et maître et sur la force de frappe des brigades qui doivent annihiler toute tentative de rébellion. Et celles-ci seront le plus souvent aidées par les habitants complètement asservis psychologiquement à ce Karna, l’Unique.

Dès le prologue, l’auteur semble nous promettre une longue ascension dans cet univers – aura-t-on le droit dans l’avenir à plusieurs cycles ? – brutal, mélancolique mais surtout passionnant dans lequel la confiance n’est jamais acquise et où l’amour et la liberté sont difficiles à obtenir. Avec la peur de finir ce premier tome sans en connaître assez sur l’antagoniste principal des Incarnations, la fin réussit à répondre à nos questions et surtout à en faire naître encore davantage !

Avec une telle conclusion, l’auteur réussit à nous surprendre par la dualité de ses personnages et par la complexité de son univers qui se révèle encore plus abouti que ce que l’on pouvait espérer. Je remercie beaucoup Lancelot Sablon pour m’avoir fait découvrir son roman et je vais attendre avec une certaine impatience la suite de cette saga qui est prévue pour 2022.

L’Unique volonté, la Contré-Unie, l’Unique peuple. Voilà ce qu’avaient été les vecteurs du chaos organisé qui avait détruit le pays. Voilà que, à la place de voir les peuples s’affronter, il avait persécuté l’ensemble de la population, détruit les peuples qui n’acceptaient pas son joug, brisé des familles pour asseoir sa puissance. Bientôt, cet homme mourrait. Car ce n’était bien qu’un homme.

Un premier tome abouti avec un héros qui apprend de lui-même et de ses relations avec les autres au sein d’un univers fantasy brutal dans lequel la magie a laissé la place à la foi et au fanatisme pour un dieu humain.

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