Note : 4.5 sur 5.

Embarquant pour la planète Aurora, Elijah Baley retrouve son coéquipier Daneel, le robot humaniforme, pour résoudre le meurtre d’un robot.

Elijah Baley s’était arrêté dans l’ombre d’un arbre et il marmonnait à part lui :
– Je le savais ! Je transpire.
Il se redressa, essuya d’un revers de main son front en sueur et regarda avec dégoût l’humidité qui la recouvrait.

L’arrivée prochaine de la série Fondation m’a décidée à enfin reprendre le Cycle des robots. Huit mois après ma lecture du tome 4, je retrouvais avec une certaine appréhension l’inspecteur Elijah Baley. Ce dernier, Terrien, avait été particulièrement imbuvable dans Face aux feux du soleil, se sentant diminué face à la technologie robotique et se comportant alors comme s’il avait continuellement à prouver sa valeur et son intelligence. Dans ce tome 5, heureusement, déjà deux ans et demi se sont passées depuis la fin de l’enquête à Solaria. Voyager dans l’espace a pas mal changé Baley, celui-ci étant à la tête d’un groupe qui sort à l’Extérieur de la Ville pour ses journées de congés, hors des Cavernes d’acier. Rares sont les Terriens à s’aventurer à l’air libre, mais Baley aspire à faire évoluer la société de sa planète afin que cette dernière s’intéresse à l’expansion spatiale.

Mais avant de propager l’idée ce dessein, Baley est à nouveau appelé pour une affaire criminelle. Accusé d’avoir mis hors d’état de service son robot humaniforme, le dr Fastolfe, qu’Elijah a rencontré sur Solaria, demande au policier de prendre en main l’affaire afin qu’il soit disculpé. Cela voudrait dire se rendre à Aurora, la planète la plus évoluée en ce qui concerne les robots ! Obligé d’accepter selon les rapports politiques entre la Terre et Aurora, Baley embarque dans sa navette sans rien connaitre de la culture auroraine, ce qui lui jouera quelques tours. Heureusement, il retrouve rapidement son binôme robotique, Daneel Olivaw, création du dr Fastolfe. Avec également le robot Giskard en tant que garde du corps, Baley va devoir enquêter sur le roboticide et tenter de démêler les nombreux fils emmêlés autour du dr Fastolfe.

Car, plus qu’une désactivation de robot, c’est tout un scandale politique qui se joue. Avec des robots au plus près de l’être humain, physiquement et mentalement, Aurora pourrait plus facilement coloniser d’autres planètes. Inconscient des protocoles et des codes sociaux aurorains, Baley met rapidement les pieds dans le plat, quitte à froisser quelques uns de ses suspects. Comme dans les autres tomes, Isaac Asimov ne laisse rien au hasard, décortiquant les interrogatoires, les dialogues et la manière avec laquelle Baley découvre son environnement. Et bientôt, comme toujours, on en vient moins à suivre une enquête policière qu’à s’interroger sur une société hautement technologique.

L’humanité doit élargir sa vision, sa portée, si elle veut rester florissante. Une des voies d’expansion est l’espace, une exploration constante d’autres mondes et l’envoi de pionniers pour s’y établir. Si nous n’en faisons rien, une autre civilisation en cours d’expansion nous atteindra et nous ne serons pas de force à résister à son dynamisme.

Les analyses sociologiques que l’auteur explore sont passionnantes à lire : un monde dans lequel les humains et les robots seraient à égalité pourrait-il exister ? Comment fait évoluer les trois lois de la robotique tout en gardant le contrôle ? Comment se comporter avec des robots qui deviennent de plus en plus humains ? Leur donner des droits ? Des propriétés ? Une sexualité ? On a peine à croire que ce cycle ait commencé à être publié dans les années 50, Isaac Asimov était vraiment en avance sur son temps. Ce dernier sait également ménager le suspense avec des fins de chapitres dynamiques et une intrigue générale qui cache beaucoup d’interrogations. Ça n’empêche pas le rythme d’être un peu alourdi par les interrogatoires successifs et les longues explications pour que tout soit clair, même quand ce n’est pas nécessaire.

Outre l’intrigue extrêmement bien menée, les personnages sont également une des grandes forces du cycle. Confronté à d’autres civilisations, Baley apprend sur lui-même et accepte de se remettre davantage en question mais si le naturel revient parfois vite. Néanmoins, sa perception des robots a bien évolué, et c’est bien grâce à Daneel qui semble devenir de plus en plus sensible aux sentiments humains et à Giskard, un robot moins évolué mais d’autant plus surprenant au fil du roman. Fastolfe garde un caractère double, d’apparence flegmatique et patient mais perçu par ses détracteurs comme un scientifique froid et sans morale. Gladia revient dans ce tome, poursuivant dans sa défection de sa planète d’origine, Solaria, sur laquelle les rapports humains sont quasi-inexistants.

Si sa relation avec Baley est dispensable, la manière sont elle se détache de ses automatismes pour s’épanouir en tant que femme est très intéressant, et elle permet de voir une autre facette des rapports entre humain et robot. Ce cinquième tome est l’un des meilleurs du cycle par son efficacité, ses personnages et sa portée sociologique. Il est épatant de voir comment l’auteur réussit à créer un tout autre peuple face auquel les Terriens peuvent se retrouver tout comme complètement se défaire. Par contre, si l’auteur est très doué pour nous plonger en pleine révolution technologique et robotique, on peut sentir par quelques détails l’époque à laquelle a été écrit le livre. Avec les appellations « boy » et les rares discussions autour de la ségrégation, on se sentirait parfois presque dans une des colonies africaines du XXème siècle. Et le livre compte pas mal de fautes de frappe et d’orthographes, en espérant que la toute dernière réédition ait été revue.

Existe-t-il des Lois de l’humanité, comme il y a des Lois de Robotique ? Combien peut-il y avoir de Lois de l’humanité et comment peuvent-elles être exprimées mathématiquement ?

Un des meilleurs tomes du cycle que je mets au même niveau que le troisième. Baley doit se confronter à la société auroraine et faire face aux différences culturelles alors qu’une nouvelle enquête criminelle a besoin de ses lumières pour être résolue. Son duo avec Daneel est toujours aussi intéressant et comme toujours, ce sont plus les analyses sociologiques et technologiques qu’on découvre avec passion plutôt que l’enquête. La manière d’imaginer les robots humaniformes au côté d’êtres humains est très intelligente.

Sortie française : février 1984
Sortie originale : 1983
541 pages

De la même saga

Les Robots tome 1 (1950)
Un défilé de robots tome 2 (1964)
Les Cavernes d’acier tome 3 (1954)
Face aux feux du soleil tome 4 (1956)
Les Robots et l’empire tome 6 (1985)

6 commentaires sur « Le Cycle des robots – Les Robots de l’aube tome 5, Isaac Asimov »

    1. C’est un cycle impressionnant par ses réflexions sur le monde technologique/robotique qui pourrait vraiment bouleverser nos sociétés actuelles.
      À noter si tu ne le sais pas que les deux premiers tomes sont des recueils de nouvelles.

      J'aime

          1. Merci beaucoup ! Je n’ai plus lu de nouvelles depuis des années, mais pourquoi pas ? Le premier tome du Sorceleur fait un peu comme un recueil de nouvelles, et ça ne m’a pas dérangé. Je vais tenter et je verrais bien !

            Aimé par 1 personne

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