Note : 5 sur 5.
Coup de

Un prince paré de toutes les vertus désespérés par un chagrin d’amour ; une petite ville thermale dont les zélés citoyens, dévoués au profit, s’ennuient à mourir ; un groupe de survivants réchappés d’une guerre nucléaire à la recherche d’un nouvel Eden… Issus de tous les horizons, les personnages de Barjavel portent « en eux le regret des ans où ils étaient des enfants aux yeux clairs, où la réalité visible ne bornait par leur univers, où toutes les aventures étaient possibles. »

« Tu vois comme ils sont… » Elle voulait parler des hommes, et de tout ce qu’ils ont oublié en croyant apprendre, et de la peur et de l’ennui qui les rendent cruels.

Quand je vois le temps qu’il m’a fallu pour écrire cette chronique, je me désespère… Lu en novembre, Les Enfants de l’ombre sera resté dans l’état de brouillon pendant trois mois alors que ce recueil est loin de m’avoir laissé de marbre. Bien au contraire, il a été mon plus gros coup de cœur de l’année 2019 ! Et ça n’a pas tellement été une surprise. Avec Le Grand Secret et La Nuit des temps, René Barjavel m’avait déjà prouvé son grand talent pour l’écriture mêlée à des réflexions futuristes ingénieuses et qui font étonnamment écho avec l’évolution de notre société actuelle et des promesses pour l’avenir. Et parfois, ça peut faire froid dans le dos ce don de percevoir le futur…

Néanmoins, Les Enfants de l’ombre débute non pas avec ce genre de récits mais avec une nouvelle qui se déroule en apparence à l’époque de l’auteur, soit la deuxième moitié du XXème siècle. Le Prince blessé se dévoile tel un conte oriental où le personnage principal, un jeune mâle obtenant sans même le demander tout ce qu’il pourrait désirer, découvre les affres de l’amour, sa passion revigorante comme destructrice pour l’âme. Cette première nouvelle est un formidable message tourné vers la compassion, la vie, l’espérance de savoir que celle-ci aura toujours quelque chose à nous donner, et la conscience d’accepter cette existence et de la vivre pleinement.

Après ce véritable coup de cœur, les deux nouvelles suivantes nommées Les Enfants de l’ombre et Béni soit l’atome jouent encore sur cette importance primordiale qu’est la vie tout en mettant en avant les facettes plus sombres et sournoises de l’être humain couplées à sa facilité d’adaptation et à son aptitude à se surpasser. Béni soit l’atome est particulièrement déconcertante de vérité sur notre monde et sur l’homme comme sur les probabilités de notre société future. René Barjavel aime amuser par les déconvenues de ses protagonistes tout comme prévenir des dangers que nous pouvons nous-mêmes engendrer. Sa plume est toujours aussi intelligente, perspicace et pince-sans-rire pour notre plus grand bonheur !

L’atome est Dieu. L’infiniment petit et l’infiniment grand se pénètrent et se confondent. La dimension est une erreur, à l’image de l’homme, et à son usage. L’homme est moyen, l’homme est médiocre, mais il habite l’infini et l’infini l’habite. C’est en quoi il est à l’image de Dieu, et pourquoi Dieu à permis qu’il se serve de l’atome, pour se rapprocher de Lui.

Des histoires à la hauteur et dans le même registre que les autres récits science-fiction de Barjavel hormis Le Prince blessé qui est une nouvelle très différente de ce qu’il produit habituellement. C’est toujours aussi savoureux, ingénieux et non pas alarmiste mais instructif et inspirant.

Du même auteur

  • Roland, le chevalier plus fier que le lion (1942)
  • Ravage (1943)
  • Le Voyageur imprudent (1944)
  • La Fée et le Soldat (1945)
  • Tarendol (1946)
  • Le Diable l’emporte (1948)
  • Jour de feu (1957)
  • Colomb de la lune (1962)
  • La Nuit des temps (1968)
  • Les Chemins de Katmandou (1969)
  • Le Grand Secret (1973)
  • Les Dames à la licorne (1974)
  • Les Jours du monde (1977)
  • Une rose au paradis (1981)
  • La Tempête (1982)
  • L’Enchanteur (1984)
  • La Peau de César (1985)

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