Note : 4.5 sur 5.

Après l’affaire d’Arcueil, et au plus grand soulagement de sa famille, Donatien de Sade tente de se faire oublier quelque temps à La Coste. Au sein de son château, il multiplie les représentations théâtrales et les paternités affichant une apparente respectabilité. Mais les démons de la perversité qui sommeillent en lui ne tardent pas à reprendre le dessus… Accompagné de Latour, son fidèle valet, Sade part assouvir ses vices dans la cité phocéenne…

Les chaînes, il ne les aime que si c’est lui et lui seul qui les tient. Il désire ressentir à nouveau cette emprise sur une inconnue. Lire dans ses yeux la souffrance, le plaisir, mais également la peur.
Surtout la peur…
L’époque des faux-semblants est révolue. Pour se libérer de ces entraves sociales et moralisatrices qui finiront par le tuer, il doit partie de La Coste au plus vite.
Le marquis de Sade est de retour et Donatien entend bien fêter cela comme il se doit.

Malgré le scandale d’Arcueil, le marquis de Sade ne compte pas s’assagir perpétuellement, il possède quelques besoins qu’il ne compte plus réprimer. Installés à La Coste loin de Paris depuis quatre ans, la vie de la famille de Sade semble s’être aplanie. Malgré leur réputation entachée depuis l’affaire avec Rose Keller, Donatien s’évertue à proposer des pièces de théâtre dans son domaine alors que son épouse, Renée-Pélagie, n’a de yeux que pour ses trois enfants.

La vie semble bien calme à La Coste malgré des amours interdits et secrets entre le maître des lieux et Anne-Prospère, la cadette de Renée-Pélagie, habitant avec eux. Mais Donatien n’en peux plus de brider ses pulsions ; c’est décidé, il va se rendre à Marseille avec son valet afin de s’amuser comme il se doit avec ces gentes dames. Seulement, il ne sera pas question de rendre le plaisir à ces filles de joie qui, à l’appât du gain, vont se laisser maltraiter au bon vouloir de ce duo masculin pervers et violent.

Les Filles du panier rentre bien plus en détail dans les fantasmes assouvis du Marquis en comparaison de L’Affaire Rose Keller. Nous sommes spectateurs de toutes ses parties fines qui ont en commun de provoquer la douleur, la peur et le vice. Il est confondant de réaliser combien le marquis est déconnecté de la réalité, se servant de ces filles comme des poupées de chiffon et pensant que le retour de bâton n’existe pas pour des gens comme lui. Au diable les conventions, la morale, les bondieuseries, Donatien prend sans donner en retour, son seul plaisir étant important.

Aidé de Latour, ce monstre d’égoïsme et d’arrogance pourrait pourtant connaître un sort bien pire qu’à Paris. Avec la multiplication de ses frasques, ses proches sont moins enclins à le sauver, notamment sa belle-mère Mme de Montreuil qui a perdu toute illusion à propos de la stabilité du ménage des Sade depuis le scandale d’Arcueil. En revanche, sans qu’il ne le mérite, sa femme et sa belle-sœur vont férocement le défendre malgré cette vérité monstrueuse et la conscience que jamais il ne se détournera de ses vices tellement il en est dépendant.

Ces mois enfermés à La Coste avec femme et enfants n’ont pas eu raison du feu qui me consume. Il couvait, attendant patiemment l’heure où il serait enfin en mesure de se déchaîner à nouveau, se répandre et tout brûler sur son passage. Depuis deux jours, nous n’avons que soufflé sur quelques braises. Aujourd’hui, l’incendie a bel et bien commencé. Ce soir, Armand, sera l’apothéose. Nous ferons en sorte que le ciel de Marseille flamboie de mille feux.

Mettant de côté leur honneur, leur intégrité et leur amour-propre, ces deux femmes sont bien prêtes à sauver Donatien de lui-même. Seulement, ces manœuvres arriveront-elles à l’absoudre de ses crimes ? Nous, lecteurs, sommes difficilement enclins à le gracier lorsque nous avons été témoins de ses méfaits et de la désinvolture avec laquelle il s’en départi. Ludovic Miserole a une fois de plus réussi à me passionner avec ce récit mêlant réalité historique à laide de documents (correspondances, actes,…) et fiction.

La partie totalement fictionnelle avec Julie Follecuisse m’a tout de même laissé sur ma faim. Étant un des personnages principaux dans L’Affaire Rose Keller avec sa quête de vengeance, elle quitte ici le récit bien trop tôt à mon goût. Plus violent par l’exposition plus importante des pratiques du marquis de Sade, je recommanderai en premier lieu le roman précédent pour ceux qui ne veulent pas forcément être dégoûtés par les méfaits de cet homme.

Le style toujours soigné et fluide est agréable et en contraste parfait avec les agissements de ce personnage principal qui selon moi, a perdu de sa superbe dans ce roman, l’ayant personnellement vu comme un enfant sadique qui n’est pas capable de prendre ses responsabilités. Merci à NetGalley et aux éditions French Pulp pour cette lecture.

Il faut se rendre à l’évidence : Donatien ne changera jamais. Preuve est faite que l’on peut clamer haut et fort être l’homme le plus libre du monde et demeurer prisonnier de ses désirs, incapable de réprouver la moindre de ses pulsions. Cet homme n’est plus à un mensonge ou paradoxe près.

Plus violent que le roman précédent, le marquis de Sade révèle davantage sa part d’ombre par ses pratiques et déviances qui aspirent à la peur et au dégoût pour ses partenaires, à l’extase pour lui. Le ton et le style du récit sont parfaitement maîtrisés et nous plongent immédiatement dans ce roman entre faits historiques et fiction.

De la même saga

Du même auteur

  • Amor, le nègre républicain (2015)
  • Rosalie Lamorlière : Dernière servante de Marie-Antoinette (2016)

2 commentaires sur « Les Filles du panier, Ludovic Miserole »

    1. Quand mon prof de littérature à la fac nous conseillait vivement de lire les œuvres de Sade parce que c’est « grandiose », je ne m’attendais pas non plus à cette ambiance vraiment malsaine que Ludovic Miserole réussit très bien à retranscrire pour raconter la vie de cet homme.
      Entre ses actes infâmes et la beauté de sa plume (qui raconte tout de même des choses affreuses) Sade offre un étrange contraste qui lui a amené à la postérité, en effet.

      Aimé par 1 personne

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