Note : 4 sur 5.

Jusqu’à l’été de ses dix-huit ans, tout le séparait de son père, un séducteur impénitent, sûr de lui, et qui s’était surtout illustré par son absence. Alors quand père et fils se trouvent enfin réunis, dans la maison familiale, face à l’océan, l’occasion semble propice à la réconciliation. Mais, en huis clos, les rancœurs enfouies peuvent resurgir, le souvenir d’une disparue remonter à la surface. Et certaines retrouvailles, prendre des allures de vengeance en marche…

Si j’avais éprouvé la morsure du manque, dès que je cessais de la toucher, je me serais coupé des théâtres d’ombres et de fantômes où ces vacances m’avaient malgré moi précipité. Si j’avais été amoureux, j’aurais été moins disponible pour la haine.

Je dois dire que je ne me suis pas encore complètement remise d’un de mes plus beaux coups de cœur de l’année dernière, En l’absence des hommes. Avec ce premier livre lu de Philippe Besson, j’ai signé un longue route à parcourir ses multiples ouvrages. Et à chacun de ses livres, je suis toujours autant scotchée par cette plume percutante qui sait également se montrer douce et poétique, ce qui rend une histoire simple d’autant plus touchante. Avec La Maison Atlantique, je m’attendais à plonger dans les eaux tempétueuses d’une relation père-fils complexe, seulement il n’y a pas que cela. Philippe Besson nous prévient dès le début, ces vacances vont représentaient dans le dernier acte un événement fondamental dans la vie du narrateur et de son père.

Alors âgé de dix-huit ans, le jeune homme reste surpris que son père ait désiré se rendre en vacances avec lui dans la Maison Atlantique, un des derniers héritages de sa défunte mère. Seulement, en mauvais terme depuis plusieurs années, ce séjour qui aurait du pouvoir réconcilier ces deux hommes ne va que les éloigner davantage. Car le père est un dragueur invétéré, flambeur et arrogant, et son fils tout le contraire. Les conquêtes de son père ne l’avait jamais réellement intéressé depuis la mort de sa mère, mais celle-ci va rapidement le placer en tant que complice involontaire. Restant muet lors de l’évolution de cette relation amoureuse secrète, le jeune homme va rester spectateur de la pièce que joue son père avec sa nouvelle amante.  Les vacances du narrateur vont donc être entrecoupés entre ses moments intimes avec une relation florissante mais loin d’être passionnelle, ses confrontations avec son père, et les indices que laissent s’éparpiller les deux autres tourtereaux sur leur relation secrète.

J’ai finalement dit : << Allons nous baigner >>, comme si l’eau de mer pouvait laver nos péchés, nous ôter la cruauté nauséeuse de nos omissions.

En fin de compte, le jeune homme reste finalement à l’écart et n’est présent pratiquement que pour observer la tournure de l’idylle de son père, mentant parfois pour son compte. Celle-ci ne va faire que renforcer sa haine contre son paternel et va l’aider à se rebeller quelque peu pour la première fois. Se découvrant personnellement, il va tenter de profiter a maximum de ses vacances. Ses émotions sont très bien retranscrites par l’auteur, sa colère, sa tristesse mais aussi souvent son côté apathique. N’ayant que son point de vue, son père est érigé réellement comme le grand méchant de l’histoire, même s’il reconnaît lui-même ses propres défauts qu’il excuse le plus souvent. On a alors le droit, comme avec Vincent dans En l’absence des hommes, à un adolescent conscient de la chance qu’il a (matériellement dans ce livre-ci), naïf, de mauvaise foi et susceptible, ce qu’il explique par son jeune âge. On aurait donc envie de lui remettre les idées en place à ces moments-là mais c’est ce qui fait également la sympathie du personnage. Il est de mauvaise foi et il en joue, il s’en amuse même. Lors de ma lecture, je me suis laissé surprendre à espérer quelques passage offrant le point de vue du père, mais je me suis dis qu’au final, ça n’aurait pas servi à grand chose. Plus occupé à vivre son histoire passionnelle entre amour et chantage affectif, il n’aurait eu presque aucune pensée pour son fils ce qui aurait rendu son personnage d’autant plus irritant. Mais je dois dire que pendant la majorité du récit, c’est bien de cette histoire d’amour que je me suis le plus préoccupée et de la place que prend le narrateur dans celle-ci.

Comme je l’ai dit plus haut, il ne réagit pas, ne dit rien, mais observe toutes les étapes pour pouvoir raconter le tout avec nombre détails au sein de cette histoire. Ce n’est seulement après sa rencontre avec Jérémy que les passages sur les escapades du narrateur m’ont réellement intéressé. J’ai donc passé un bon moment de lecture avec ce récit qui n’apporte pas forcément de nouvelles thématiques mais qui décrit très bien celles avancées et explorées, avec tout la beauté et le naturel dont faire preuve style de Philippe Besson. Par contre, comme dans La Trahison de Thomas Spencer,  je suis assez déçue que la fin soit si prévisible, surtout quand l’auteur prévient dès l’incipit que quelque chose d’éminent va se produire. Et même si j’aurais aimé être plus surprise, je n’ai pas non plus apprécié toute la rapidité dont l’histoire fait preuve pour se conclure. J’ai ressenti cette fin comme bâclée, pas assez approfondie et décrite contrairement au reste du récit. Je ressors donc de ce livre un peu déçue par cette fin tout en ayant apprécié tout ce que l’auteur explore tout au long de son roman. Et ça m’a donné évidemment envie de continuer sur ma lancée, avec sûrement Vivre vite, une biographie de l’icône James Dean.

Si on m’avait convié dans ce vaudeville, j’aurais sans doute témoigné mon malaise, mais je m’en serais éloigné aussitôt. Parce qu’on me cachait tout, j’ai souhaité tout savoir. Être un grain de sable.

Ce n’est pas le meilleur que j’ai lu de l’auteur mais j’ai apprécié suivre ce narrateur spectateur de l’idylle secrète de son père avec sa nouvelle amante et tout ce qui survient dû à sa position d’observateur et alors de complice. Sa relation avec son père est bien approfondie avec une plume toujours aussi touchante et percutante.

Du même auteur

  • En l’absence des hommes (2001)
  • Son frère (2001)
  • L’Arrière-saison (2002)
  • Un garçon d’Italie (2003)
  • Les Jours fragiles (2004)
  • Un instant d’abandon (2005)
  • L’Enfant d’octobre (2006)
  • Se résoudre aux adieux (2007)
  • Un homme accidentel (2008)
  • La Trahison de Thomas Spencer (2009)
  • Retour parmi les hommes (2011)
  • Une bonne raison de se tuer (2012)
  • De là, on voit la mer (2013)
  • Un tango en bord de mer (2014)
  • Vivre vite (2015)
  • Les Passants de Lisbonne (2016)
  • Arrête avec tes mensonges (2017)
  • Un personnage de roman (2017)
  • Un certain Paul Darrigrand (2019)
  • Dîner à Montréal (2019)

8 commentaires sur « La Maison Atlantique, Philippe Besson »

  1. Si tu ne le connais pas, je te recommande vraiment de lire En l'absence des hommes. Après plusieurs mois, il me reste encore en tête, l'écriture percutante et poétique de l'auteur est tellement juste. C’est un bijou !

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  2. Je confirme, il faut que tu te lances ! Alors que je ne lis pas beaucoup de livres contemporains, Philippe Besson est devenu pour moi un des incontournables du genre. Je te conseille pour une première lecture En l'absence des hommes qui est juste excellent.

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